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Qu'est-ce que l'anthropologie ?
 

L'anthropologie se décline actuellement au pluriel. Il existe une anthropologie de la maladie, de la religion, de la parenté, du travail, de la sexualité, de la douleur, du sport, de la performance... Toutes ces branches se définissent pas la diversité des objets d'étude et l'on pourrait penser qu'entre l'anthropologie de la parenté et celle de la maladie, il y aurait peu de points communs. Pourtant, le regard anthropologique se traduit par une certaine manière d'appréhender la réalité et par un projet commun. Quel est ce projet ? D'où vient l'anthropologie et que nous apporte-t-elle comme connaissances, et sur quoi ?.../...  Genèse de l'objet anthropologique
L'anthropologie peut se définir comme l'ensemble des travaux de l'homme s'interrogeant sur lui-même. En ce sens, l'anthropologie peut se comprendre comme la «science de l'homme». C'est à la fin du XVIIIè siècle que commence à se constituer un savoir scientifique qui prend l'homme comme objet de connaissance. Pour la première fois, les méthodes utilisées pour expliquer et comprendre la nature sont appliquées à l'homme, ce qui constitue un tournant dans la « pensée de l'homme sur l'homme » (François Laplantine).../...  
Jusqu'alors, cette pensée avait été mythologique, artistique, théologique, philosophique mais pas scientifique. L'homme n'est plus le sujet de la connaissance (celui qui sait sur) mais il devient l'objet de la science. Une autre caractéristique de cette émergence provient du lieu où se produit ce tournant de la pensée : l'Europe. Ce n'est que dans la seconde moitié du XIXè siècle que l'anthropologie se dote d'objets empiriques autonomes : les sociétés appelées « primitives », c'est-à-dire celles qui échappent à l'aire de la civilisation européenne et nord-américaine.
     
Cela correspond à deux préoccupations
1) la curiosité des Occidentaux vis-à-vis de sociétés qu'ils ne comprennent pas : les sauvages, les primitifs auxquels ils sont confrontés en raison de l'expansion coloniale. Il en résulte une pensée hiérarchique dont la civilisation occidentale est la référence..../... 
2) leur conception de la science de l'époque qui supposait la dualité entre l'observateur et son objet. Cette dualité se construit sur la distance. La distance ici choisie est une distance géographique qui étudie les sociétés lointaines, d'où la dimension exotique des premiers travaux anthropologiques Initialement, donc, l'objet d'étude de l'anthropologie peut se qualifier comme étant les «populations qui n'appartiennent pas à la civilisation occidentale».../...   L'histoire des objets d'étude de l'anthropologie aura des incidences sur les imaginaires collectifs qui sont développées par ailleurs (pour accéder à ce développement, cliquez).
Au sens le plus large de ses investigations, on peut dire que l'anthropologie, en étudiant ces sociétés éloignées, cherche à répondre à la question :
Qu'est-ce que l'homme ?
     
Une des tâches des premiers anthropologues, fut ainsi de trouver les limites de l'humanité. Un sauvage est-il un homme ? Quels sont les peuples les plus «humanisés», c'est-à-dire les plus «civilisés». L'anthropologie est ainsi longtemps restée une discipline dont le but était d'abord de recenser la diversité culturelle des sociétés humaines lointaines des nôtres. Les Amérindiens, les sociétés d'Amazonie, les sociétés aborigènes, etc. .../...   On rassemblait des pièces de collections (masques, armes, pirogues, bijoux, étoffes, etc.) dont le musée des arts océaniens à Paris dresse par exemple un riche inventaire. Sur tous les continents, le XIXè siècle est donc marqué par des missions ethnographiques. Les anthropologues partaient observer les sociétés. Ils y étudiaient les manières de faire (manger, parler, s'organiser, chasser, fêter, prier). La première phase consistait donc à élaborer, à identifier, à constituer une somme de recueils ethnographiques.../...  

Certains chercheurs occidentaux, qui partaient puiser des informations, prenaient la décision de s'enrichir de nombreuses données anthropométriques. Ils mesuraient le tour du crâne, la longueur des mains, la taille, etc., comme l'illustre la photographie de l'Aborigène ci-dessous. Ce type d'inventaire, drapé sous le prétexte de la rigueur scientifique et positiviste, pose la question du développement humain.



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Mais au début du XXè siècle, alors que l'anthropologie commence à structurer ses démarches, son objet "classique" commence à s'évanouir avec la disparition de ceux que l'on appelle les «sauvages», leurs sociétés étant peu à peu transformées en raison des interactions avec le monde occidental. L'amélioration des communications et l'essor de l'économie maritime provoquent la disparition progressive de certaines cultures ancestrales. On parle d'ethnocide (Levi Strauss).
Néanmoins la distinction perdure dans les imaginaires entre civilisés et sauvages... /...
Au plan scientifique, on assiste alors à ce que l'anthropologue Paul Mercier a nommé en 1966 la «mort du primitif». La science anthropologique s'interroge alors sur son objet. Des objets similaires au primitif ont pu être trouvés comme le «paysan», «ce sauvage de l'intérieur» (Laplantine). Mais finalement, aujourd'hui, l'anthropologie se constitue non plus sur un objet empirique (le primitif, le paysan) mais «par une approche épistémologique constituante» (Laplantine). Et du regard porté sur l'autre ailleurs, elle est passée au regard porté sur nous, ici.../...  
     
Sans entrer dans le détail, l'anthropologie en est venue à interroger le présent de notre société, s'inscrivant ainsi dans l'univers des sciences humaines et sociales.
Celles-ci sont constituées de multiples champs disciplinaires (l'histoire, la sociologie, l'ethnologie, l'économie, la psychologie...). L'objet de l'anthropologie se comprend désormais comme l'étude de l'homme façonné par son milieu culturel. Et, dans le monde moderne, l'anthropologie rappelle que l'homme existe à travers du symbolique. Tout fait social est investi de significations. Une même réalité observable peut prendre un sens différent selon la culture dans laquelle elle est produite. Et c'est à ce sens (à cette pluralité de significations d'une culure à une autre) que l'anthropologie tente d'accéder... /...
Néanmoins, en procédant par comparaison des observations recueillies sur le terrain, l'anthropologue tente d'identifier des processus généraux. Par exemple, l'une des grandes lois anthropologiques identifiées fût de constater la prohibition de l'inceste.
D'autres thèmes ont été abordés comme la valeur de l'échange (finalité du troc, importance du don), les pratiques de guérison, les phénomènes de transe, etc. Dans Anthropologie et sociologie, Marcel Mauss formule la notion de techniques du corps. On peut aussi travailler sur l'organisation et la signification des rituels, etc. Par l'observation des ensembles culturels dans leur milieu de vie, l'anthropologie tente ainsi de comprendre le sens que les humains accordent aux pratiques auxquelles ils se livrent... /...
Ainsi, l'objet de l'anthropologie ne se définit plus par un espace géographique, culturel ou historique particulier mais par «un certain regard» qui porte sur
a) l'étude de l'homme tout entier
b) l'étude de l'homme dans toutes les sociétés [y compris la nôtre], sous toutes les latitudes, dans tous ses états et à toutes les époques.» (Laplantine), dans le but de répérer «certaines propriétés générales de la vie sociale» (Claude Levi-Strauss).
Que cette étude porte sur les autres sociétés ou sur notre société propre, l'anthropologie contribue finalement à mieux comprendre ce que nous sommes. Car, selon Georges Balandier, voir les autres, c'est aussi se voir soi-même.

     
L'évolution du questionnement et des objets de l'anthropologie nous permettent par conséquent d'envisager une anthropologie de la performance, contre les représentations habituelles de l'anthropologie comme science des sociétés qualifiées d'exotiques. On pourrait croire en effet qu'anthropologie et performance sont deux termes antinomiques. Car d'un côté l'anthropologie devrait se cantonner à l'étude des rites, aux coutumes traditionnelles, etc., alors que la performance serait de l'ordre de notre société hautement technicisée... /...
Cependant, aujourd'hui, pour l'anthropologue, le terrain d'intervention n'est plus seulement le lointain. Il est aussi celui du quotidien. La fête foraine, les déplacements urbains, l'école, les jeunes, la sexualité; bref, toute une myriade de thématiques d'enquête et de recherches sont explorées. La rapidité des changements sociaux (ville, technologie, industrialisation et l'urbanisation massive, l'économie planétaire, le consumérisme, les communications et transports) brouille la lecture de nos repères. Notre propre société devenant en quelque sorte un territoire à explorer... /... Il fallait donc des anthropologues de l'ici. Des "experts de l'ordinaire" dirait Pierre Sansot. Dès lors, à partir du moment où la performance est une dimension de la vie ordinaire, qu'elle traverse notre environnement économique et culturel, elle est un objet pertinent pour l'interrogation anthropologique. Autour de la notion de performance, une idéologie se façonne, une économie se développe des institutions s'organisent, des significations se construisent, des rapports se jouent entre les individus. La performance apparaît ainsi comme un indicateur pertinent pour comprendre les caractéristiques des hommes et des femmes, tels qu'ils sont imprégnés par notre environnement culturel.

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