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 Sommaire des cours

 
  Histoire du sport

 Unité d'enseignement 1, Module 2, Enseignement 4
Enseignement de Philippe Liotard
1999-2000

 Avertissement : Les pages qui suivent présentent les grandes lignes du cours d'histoire du sport dispensé en 1ère année de DEUG STAPS à la Faculté des sports de Montpellier.
Elles ne présentent pas une homogénéité totale quant à leur présentation. Certains passages sont rédigés, d'autres s'apparentent à la prise de note. Cela s'explique par le fait qu'il s'agissait d'un outil qui n'a pas initialement été conçu pour diffuser un cours sur le web.
En ce sens, il s'agit plus d'un support de travail mis à la disposition des étudiants que d'un document de référence. Son utilité provient du fait qu'il fixe les axes de questionnement et de démonstration du cours. Néanmoins, son utilisation ne peut se comprendre sans la référence aux cours eux-mêmes et aux illustrations extraites des références bibliographiques proposées pour chaque chapitre.


Objectif : L'objectif du cours consiste à comprendre comment se sont instituées les pratiques sportives contemporaines et comment se sont élaborées les significations actuelles du sport.

Programme :
1 - La genèse du sport moderne
2 - Logiques de différenciation et d'implantation des pratiques
3 - L'institutionnalisation des sports
4 - Le mythe olympique
5 - Nationalismes sportifs
6 - Sports, spectacles et médias
7 - Les pratiques sportives féminines
8 - L'éducation physique et les sports

 


Chapitre premier - La genèse du sport moderne.

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 1 :
- Pierre Arnaud, Les Athlètes de la République, Toulouse Privat, 1986.
- Pierre Arnaud et Jean Camy, La Naissance du mouvement sportif associatif en France, AFRAPS, 1986.
- Jean-Marie Brohm, Sociologie politique du sport, Paris, Presses universitaires de Nancy, 1992 (1ère édition 1976).
- Roger Chartier,"Le sport ou la libération contrôlée des émotions", in Norbert Elias, Eric Dunning, Sport et civilisation la violence maîtrisée, Paris, Fayard, 1994.
- Roger Chartier, Georges Vigarello,"Les trajectoires du sport : Pratiques et spectacles", Le Débat, n° 19, 1982, (Réédité, in L'identité de l'éducation physique en France, AFRAPS, 1993)
- Norbert Elias, Eric Dunning, Sport et civilisation la violence maîtrisée, Paris, Fayard, 1994.
- Christian Pociello,"Quelques indications sur les déterminants historiques de la naissance des sports en Angleterre (1780-1860)", in Sport et sociétés, Approche socioculturelle des pratiques, Paris, Vigot, 1981.


1-Introduction :
a) Enjeux d'un enseignement de l'histoire en STAPS
Cet enseignement vise à fournir les connaissances acquises aujourd'hui dans le cadre des approches socio-historiques portant sur le sport.
Un premier enjeu consiste à définir le sport. L'approche historique permet en effet de présenter ce qui fait la spécificité du phénomène sportif. Elle permet de le situer dans l'histoire de la civilisation et de repérer ainsi la signification de cette pratique pour une société donnée. Pour vous cet enjeu peut se résumer à la connaissance de l'objet qui fonde les enseignements et les recherches en STAPS. Ce premier enjeu peut se résumer ainsi : comprendre comment ce qui va de soi pour vous, ce qui est évident à propos du sport, comment ce qui est donné aujourd'hui comme réalité s'est construit historiquement.
Un deuxième enjeu consiste à fournir des éléments de compréhension aux problèmes actuels que rencontrerait le sport. Par exemple, comment comprendre les réalités actuelles du sport telles que la violence, le dopage, la médiatisation à outrance, l'assimilation des joueurs professionnels à une marchandise, etc. ? Il ne suffit pas pour cela d'étudier ce qui se passe aujourd'hui. Mais l'étude de l'évolution du sport permet de comprendre pourquoi ces phénomènes prennent aujourd'hui une telle importance.
Un troisième enjeu enfin consiste à comprendre l'évolution de la société à partir de la connaissance du sport. Etudier l'histoire du sport est un outil pour comprendre notre société.


b) Connaissances actuelles sur le sport
b-1 : Quelques certitudes sur le sport
Comme le remarque Frédéric Baillette,"le sport est très souvent présenté [...] comme un fait universel, un invariant culturel. Sous des formes certes changeantes, il aurait été pratiqué à toutes les époques et sous toutes les latitudes." Selon ce point de vue, l'homme pratiquerait le sport spontanément, "naturellement", ce qui correspondrait à un "besoin naturel" de s'affronter.
Pour Jean-Paul Escande ("Les avatars du sport moderne", in Ardoino, Brohm, Anthropologie du sport. Perspectives critiques, 1991), par exemple, médecin spécialiste de la lutte contre le dopage, il n'y a pas de doute que le sport est immuable et correspond à une "action symbolique où la convention s'impose la recherche de l'efficacité" et répond à une "règle fondée en partie sur l'honneur". Pour lui donc, toutes les formes de luttes repérables depuis l'Antiquité sont du sport. Ainsi en était-il des luttes, des courses entre hommes, à cheval, sur les places, dans les prairies, lors des fêtes, etc.
Par ailleurs, nombre de discours affirment que le sport est aujourd'hui en danger, qu'il est rongé par des "effets pervers". Cette vision d'un "sport dévoyé" (Georges Hébert, Le Sport contre l'éducation physique, Paris, Vuibert, 1925) implique l'idée qu'à l'origine, le sport était "pur", cette origine étant habituellement située dans l'Antiquité grecque. D'où vient donc l'idée que le sport - et principalement le sport de haut niveau, le sport spectacle, le sport médiatisé... - est un sport "perverti" ?
Le cours se propose de fournir quelques pistes de réflexion visant à faire émerger comment se constitue la logique sportive. Et tout simplement de savoir ce qu'est le sport.

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b-2 : Qu'est-ce que le sport en effet ?
Pour Luis Fernandez (Sauvons le sport), le sport ce n'est pas l'argent, la triche, la politique. On peut dire aussi que le sport ce n'est pas le dopage. Cette définition, par la négative, permet à cet auteur de formuler un certain nombre de propositions pour réformer le sport et permettre ainsi de le ramener à son état originel. Débarrassé de ces fléaux actuels le sport redeviendrait ce qu'il n'aurait pas dû cesser d'être.
Or, le sport c'est aussi l'argent, la triche, la politique.

Mais alors qu'est-ce que le sport ? Suffit-il de dire ce qu'il n'est pas, ou plutôt ce que l'on souhaiterait qu'il ne soit pas pour le définir ?

Aujourd'hui, l'ensemble des recherches sociologiques et historiques s'accordent pour affirmer que le sport est lié à l'histoire de l'Humanité. Mais non pas comme une activité universelle, naturelle. Au contraire. Si le sport est le fruit de l'histoire c'est donc qu'il est apparu à un moment donné, dans un espace donné et dans un contexte donné. Bref, si le sport a une histoire c'est qu'il est le fruit de l'activité humaine. En ce sens, il est un effet de l'histoire. C'est-à-dire qu'il résulte de transformations sociales, économiques, politiques et culturelles.

b-3 : De quoi parle-t-on quand on parle de sports ?
Mais, parler du sport (au singulier donc) constitue sans doute une difficulté pour comprendre les phénomènes dont ce terme est censé rendre compte. Aussi est-il préférable de parler des sports.
Le phénomène sport est le résultat d'une histoire. Mais tous les sports ne participent pas de la même manière à cette histoire du sport. Ou plutôt, chaque sport possède son histoire propre qui s'inscrit elle-même au sein de l'histoire du phénomène sportif.
En fait, la catégorie "sport" constitue un modèle attractif sur lequel vont s'organiser progressivement la quasi totalité des pratiques corporelles de loisir du vingtième siècle. Mais le développement du ski, du football ou du rugby, de l'haltérophilie, de l'escalade, de la natation ou de la gymnastique ne se fait pas selon les mêmes influences ni sous l'effet des mêmes facteurs.

2- Apparition récente de la forme "sport" : Naissance des sports en Angleterre
Ainsi
- le modèle sportif est un effet de l'histoire. C'est-à-dire qu'il résulte de transformations sociales, économiques, politiques et culturelles.
- Et chaque sport possède son histoire propre qui s'inscrit elle-même au sein de l'histoire du phénomène sportif.

a) Illusion de la réalité ahistorique du sport
Selon Heinz Risse "le sport peut englober l'ensemble de la culture corporelle d'un peuple ; au sens large, le concept de sport inclut alors tous les jeux, entre autres les échecs, les quilles ; au sens étroit, il exclut les exercices corporels tels le Turnen et la gymnastique." (Sociologie du sport, 1921, publié en Français aux PU de Rennes en 1991)
Et cet auteur poursuit : "Il est cependant douteux que la culture corporelle grecque possédât profondément, même de très loin, la moindre ressemblance avec la nôtre, c'est-à-dire dans sa relation avec l'ensemble de la culture."
Pour lui, en 1921, c'est-à-dire au moment où il prend une dimension internationale, le sport peut être considéré comme une "forme de socialisation moderne". En aucun cas, donc, il ne peut être pertinent d'appliquer une catégorie moderne à des situations de l'Antiquité ou du Moyen-Age. Il est erroné de regarder le passé avec nos modes de pensée actuels et d'imaginer que les pratiques qui ressemblent à celles que nous connaissons peuvent se rapporter à cette appellation "sport". (Notion d'anachronisme, Cf. Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire)
C'est pour cela qu'il n'est pas possible de suivre l'idée d'un sport qui aurait existé "de tout temps". Pour cette raison, la vision de JP Escande présentée en introduction est erronée. Et il a beau être médecin et parler du passé de ce qu'il appelle "sport", il commet des erreurs historiques.
C'est ce que répond Roger Chartier : "la continuité du vocabulaire ou la similitude des gestes, en effet, ne doivent pas égarer : entre les sports modernes et les jeux traditionnels, les différences sont plus fortes que les permanences."
En effet, le sport est une invention récente qui apparaît à une période et dans un lieu précis : ce que l'on appelle sport aujourd'hui apparaît dans l'Angleterre de la seconde moitié du XIXè siècle. Il caractérise une forme de passe-temps qui n'a existé nulle part ailleurs.
Norbert Elias : "considérer le mouvement sportif moderne comme l'héritier de l'Antiquité [est] une de ces légendes idéologiques qui servent à renforcer l'unité d'un mouvement plein de tensions et de tendances conflictuelles ainsi qu'à rehausser son attrait et son prestige." p.178-179
Pour Jean-Marie Brohm, cette filiation relève du mythe : celui de l'Idée olympique ou de l'Idéal sportif. Et les différences sont non seulement nombreuses entre les pratiques physiques antiques et le sport moderne, mais encore permettent-elles de distinguer radicalement les rencontres sportives antiques des compétitions actuelles.
Trois idées reçues : Roger Chartier, " Le sport ou la libération contrôlée des émotions", in Norbert Elias, Eric Dunning, Sport et civilisation la violence maîtrisée, Paris, Fayard, 1994.) p.13
Pourquoi donc le sport apparaît-il en Angleterre à cette période ?
"Comment expliquer qu'une forme anglaise de passe-temps appelée "sport" ait servie de modèle, principalement aux XIXè et XXè siècles, à un développement des loisirs à l'échelle mondiale ?" (Elias)
Les sports apparaissent dans l'Angleterre industrielle, c'est-à-dire dans le pays le plus en avance aux plans économique et industriel. Ils se pratiquent dans les collèges britanniques qui regroupent, au sein d'internats, les jeunes de la bourgeoisie et de l'aristocratie libérale britannique.

b) Rupture des sports avec les pratiques corporelles antérieures.
b-1 : La polysémie du terme" sport"
Hébert 1925 :
"ce qui a toujours dominé dans le sport à travers les âges, c'est la raison d'utilité : préparation d'hommes aptes à tous les efforts nécessaires à la défense du sol ou à la lutte contre les éléments, les bêtes féroces, etc. Il faut arriver à l'époque actuelle ou se reporter aux époques de décadence ou d'indolence, pour assister à la déviation du sport de son but initial utilitaire ou à sa dégradation progressive par l'argent et le spectacle.", p.29.
Hébert cite ensuite Philostrate, Traité sur la gymnastique. Après avoir fait l'apologie de la justesse de la nature dans les orientations qu'elle emprunte, il vilipende les déviations inhérentes aux pratiques que l'homme développe contre elle : ""Les athlètes commencent aussi à violer les lois qui regardent l'argent, à vendre et à acheter la victoire. Les uns vendent leur propre gloire ; les autres achètent une victoire facile, parce qu'ils mènent une vie efféminée. On n'a plus de honte ni pour vendre ni pour acheter." Ainsi parlait l'écrivain grec Philostrate, vers l'an 200 de notre ère, enchaîne Hébert. Ne dirait-on pas un propos d'actualité, et n'est-ce point là une critique convenant à notre époque de moralité affaiblie ?", p.30.
Mais Hébert va donner une définition du sport qui selon lui rend compte des évolutions du sport moderne :
"SPORT.- Tout genre d'exercice ou d'activité physique ayant pour but la réalisation d'une performance et dont l'exécution repose essentiellement sur l'idée de lutte contre un élément défini : une distance, une durée, un obstacle, une difficulté matérielle, un danger, un animal, un adversaire, et, par extension, soi-même."
"Un nageur qui va et vient dans l'eau, pour le seul plaisir de s'ébattre, fait simplement de la natation. Un autre nageur qui mesure ses durées de parcours, ses hauteurs de plongées avec l'idée de les améliorer, ou bien lutte contre un camarade dans ces divers exercices, fait du sport.", p.8.
"En résumé, le mot sport ne signifie pas seulement, comme on le croit généralement, l'exécution simple de tel ou tel exercice; il spécifie, avant tout, que l'exercice, quel qu'il soit, est exécuté avec l'idée d'effort ou de lutte en vue de l'obtention d'un résultat précis.", p.10.

Mais quelles sont les caractéristique contemporaines du sport? Quel type de lutte va-t-il privilégier ? Comment l'Angleterre victorienne va-t-elle modeler les formes d'affrontement sportifs ?

b-2 : Différences entre pratiques physiques antiques et sport moderne
- atténuation de la violence tolérée
Élias, relève une première différence, majeure selon lui, qui tient à la maîtrise de la violence. Cet auteur applique ainsi au sport sa thèse sociologique centrale selon laquelle le procès de civilisation tend vers une maîtrise de plus en plus forte de la violence. Les rencontres antiques acceptaient, voire recherchaient, un degré de violence aujourd'hui inacceptable.
p.179 et 184-185
Mise à distance sociale de la violence (Élias). En même temps production et canalisation d'une violence spécifique. (Chartier/Brohm/Liotard)

b-3 : écriture des lois du jeu
Une seconde différence entre le sport moderne et les activités physiques d'opposition antérieures réside dans l'écriture des règles. Or, cette écriture de la "loi sportive" n'apparaît qu'à la fin du XIXè siècle. Auparavant, les règles étaient locales, fluctuantes et pouvaient donner lieu à un accord entre les joueurs au moment même de la rencontre
Illustration : L'exemple du Hurling développé par Norbert Élias.
Pluralité des pratiques corporelles de loisir. Jeux populaires, sport par procuration, sport bourgeois (le noble art), le développement du sport dans les colleges (Pociello). L'invention du sport est sans doute le résultat de l'invention des lois du jeu, écrites.
L'écriture de la règle a pour corollaire l'invention de l'arbitre. L'homme de loi est celui dont la fonction est de faire appliquer la règle à tous les joueurs. Il est celui qui rappelle en permanence l'arbitraire sportif.

b-4 : conséquences de cette écriture des règles
Chartier et Vigarello
- "Neutralité des compétitions"
- Nouveaux espaces
- Nouvelle temporalité

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b-5 : Caractéristiques de la logique sportive
Cette écriture des manières officielles de pratiquer les sports va crééer la nécessité d'organisations internationales : le Comité International Olympique, les Fédérations sportives internationales, etc.
Principe de rendement, Système de hiérarchisation, Principe de l'organisation bureaucratique,

Pour Jean-Marie Brohm, les différences portent en outre sur la logique sportive. Cette logique est fondée sur l'appartenance du sport à la société libérale technico-industrielle, autrement dit à la société capitaliste. Le procès de production sportif s'inscrit dans le procès de production capitaliste dont il n'est qu'un sous-système. Mais en même temps, il produit ses propres marchandises (spectacle, rencontres, sportifs, etc.). La logique sportive est donc totalement caractéristique de la société capitaliste qui lui a donné le jour.
C'est pour cela que la pratique sportive compétitive diffuse les valeurs de la société : éloge de la performance, de la compétitivité, du rendement, etc.
L'organisation concrète du sport induit la logique sportive qui pousse au rendement, à l'efficacité, organisée en cela par les principes de mesure, de comparaison (record), de hiérarchie, etc.

Jean-Marie Brohm résume ainsi les caractéristiques de cette logique :
"la compétition sportive est [...] un complexe de procédés de mesure et de comptabilité et de classement". Sa logique suppose :

La confrontation de plusieurs unités de base (équipes, individus, clubs, nations, etc.) entre elles sur la base d'une même tâche à accomplir.

La lutte entre deux adversaires (ou plusieurs) pour la victoire, elle-même matérilisée par un score, des points, une décision, etc.

L'objectivation de la mesure des résultats : l'échelle sociale des valeurs sportives et le principe de classement.

La comparaison d'une performance à une référence donnée, objective et reconnue par tous : le record.
Point de repère symbolique mais omniprésent. Notion centrale d'une société régie par le principe de rendement. Pour Brohm, le record est la notion clé d'une sociologie historique du sport. Fétichisme du chiffre, de la rationalité, de la progression linéaire, du sujet qui progresse dans ses performances analogie avec le capitaliste qui amasse et accumule son capital.
La progression des records pose la question de la finalité du sport. Jusqu'où ira l'homme dans son dépassement et jusqu'où peut-il aller ? Record = Progrès. Quelle est la raison de cette progression ? a-t-elle une limite ? Quel est son sens ? La notion de record est au centre des imaginaires sportifs.
L'échelle sociale des valeurs sportives : la hiérarchie sportive.
Pour un développement plus approfondi, Cf. Sociologie politique du sport, p.179-194

CHAPITRE DEUX - Logiques de différenciation et d'implantation des pratiques.

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 2 :
- Jean-Michel Delaplace, L'Histoire du sport, l'histoire des sportifs, Paris, L'Harmattan, 1999.
- Christian Pociello, Le Rugby ou la Guerre des styles, Paris, Éditions Métailié, 1983.
- Thierry Terret, Naissance et développement de la natation sportive, Paris, L'Harmattan, 1994.


1) Diffusion des sports et imposition du modèle sportif

Comment s'implantent et se diffusent les pratiques sportives ?
Comment le modèle sportif devient-il acceptable ?

L'objectif est de faire apparaître les logiques différenciées d'implantation des pratiques. En m'appuyant sur des exemples précis, je m'attacherai à faire apparaître comment le développement d'une pratique physique répond à diverses déterminations (géographique, culturel, symbolique, sociologique...).

a) Les géographies du sport
Paris joue un rôle important dans l'implantation du sport en France. Outre les premiers clubs sportifs créés par les lycéens parisiens, la capitale regroupe un grand nombre de sociétés et de clubs sportifs. En 1908, sur 719 clubs sportifs affiliés à l'USFSA, 130 appartiennent au comité d'Ile-de-France, soit 20% des clubs. Et toutes les fédérations issues de l'éclatement de l'USFSA après 1919 (à l'exception de celle des boules lyonnaises, sport typiquement régional) siègent à Paris.
Par ailleurs, ces clubs parisiens dominent les championnats nationaux, notamment dans les sports collectifs jusque dans les années trente. De plus, les grands événements sportifs se déroulent à Paris, comme la Coupe Davis entre 1927 et 1933 ou le départ et l'arrivée du Tour de France.
Cette centralisation du mouvement sportif sur Paris jusqu'à la Première guerre mondiale s'explique en partie par la présence à Paris de nombreux étudiants français, bien sûr, mais aussi anglais ou américains (ce sont eux qui vont introduire le basket en 1918). Les caractéristiques de la capitale sont alors très favorables à l'accueil des pratiques sportives anglo-saxonnes.
Cependant, outre l'exemple du Havre-Athlétic club, il faut noter que le rugby s'est implanté de manière quasiment synchrone à Bordeaux et à Paris (dans la première moitié des années1880). De même, le hand-ball, venu d'Autriche vers 1935, se concentre exclusivement avant la Seconde guerre mondiale en Alsace.
Mais ce n'est qu'après 1920 que les sports vont s'imposer sur le territoire nationale et gagner les villes moyennes. Le football par exemple va se diffuser de Paris et des villes étudiantes vers des villes plus modestes mais aussi vers les faubourgs des grandes villes (Roubaix, Quevilly). Et ce n'est donc pas un hasard si les clubs qui forment la ligue professionnelle créée en 1932 appartiennent presque exclusivement à une France de province, industrielle ou manufacturière comme Sète ou Rouen.
Quant aux campagnes, il faut constater qu'avant 1914, la pratique sportive y est tout à fait exceptionnelle et se limite à quelques parties de football.
Finalement, l'implantation des sports est essentiellement urbaine et elle est d'autant plus rapide qu'elle garde un lien avec leurs régions d'origine. L'importance de Paris et des grands ports de l'Atlantique est indéniable, de même que celle de la moitié de la France qui se situe au nord d'une ligne reliant Bordeaux à Genève.

b) L'implantation et la diffusion du rugby
Comment le rugby devient-il un sport du sud ?
Rappel : progressive distinction avec le football
Fin du XIXè/1914 Après la Guerre. Accélération.
De Paris en Province. Changement de jeu, changement de public, changement de valeurs, changement de logique
Après 1920. Sport et effets pervers. Popularisation du rugby et accroissement de la violence.

c) L'implantation de la natation sportive.
Modèle britannique amateur. Comment en vient-il à devenir le modèle dominant ?
Thierry Terret, Naissance et diffusion de la natation sportive, Paris, L'Harmattan, 1994.

Dans le dernier quart du XIXè siècle, la "saison" de natation s'organise autour de galas, de fêtes et de réunions interclubs. Puis à la fin du siècle, les compétitions commencent à se normaliser. Elles privilégient progressivement les bains couverts, alors que jusqu'alors le lieu des compétitions était rarement le même (piscine, mer, rivière). Il n'y a pas de lieu de pratique spécifique comme le sont les piscines aujourd'hui. Les rencontres de natation rassemblent de nombreux clubs et de nombreux participants pouvant aller jusqu'à 1500 à 2000 spectateurs pour certains concours qui sont toujours publics et souvent payants. À l'intérêt des compétitions lié à la diversité du cadre des épreuves va s'imposer la normalisation des épreuves. Contrairement aux pratiquants du rugby, du foot, de l'athlétisme ou du tennis, les nageurs ont tendance à pratiquer uniquement la natation.
Néanmoins, la pratique de la natation va se parer des principes sportifs en plaçant la comparaison au centre de ses objectifs. La volonté de pouvoir comparer des performances va entraîner une normalisation des rencontres et une organisation rationnelle des épreuves afin de pouvoir établir et comparer des records. Cela va complètement transformer la logique même de la natation. Il ne s'agira plus de maîtriser une technique efficace pour s'adapter au milieu aquatique. Les techniques qui vont être privilégiées dans le cadre de la natation sportive vont être celles qui obtiennent le meilleur rendement. Or, le développement de la natation sportive va permettre la diffusion de ces techniques les plus efficaces en matière de rendement dans une perspective de recherche de performance.
Cela va se faire en même temps que vont se normaliser les distances sur lesquelles les performances vont pouvoir être comparées. En Angleterre, cette normalisation sera le résultat d'un compromis entre les distances pratiquées localement (c'est-à-dire celles que les clubs privilégient dans les épreuves qu'ils ont l'habitude d'organiser), les distances retenues par la fédération anglaise de natation ou bien encore les distances dues à l'initiative de journaux comme le half-mile championship, épreuve inventée par le journal Sporting life. En conséquence, la normalisation des épreuves de natation ne va pas de soi.
Et lorsque ces épreuves arrivent en France, elles se heurtent au même problème auquel se rajoute celui des résistances à l'arrivée d'une modalité de pratique qui heurte les rapports à la natation socialement valorisées dans l'hexagone.
Tout d'abord, les résistances sociales sont celles des résistances à l'hégémonie de l'USFSA qui est le principal organe qui fédère les pratiques sportives en France. Mais elles se doublent d'une résistance culturelle à l'imposition normative des épreuves et des techniques en provenance d'Outre-Manche.
Néanmoins, en 1898, Le Vélo organise à grand renfort de publicité une épreuve de natation sur la Seine. 73 candidats participent à l'épreuve dont deux des meilleurs nageurs anglais. La foule est nombreuse à la fois pour assister à l'opposition entre ces nageurs et le meilleur nageur français et pour assister à "la nouvelle nage" nagée par les anglais qui finissent 1er et 2è devant le français Paulus. Ce résultat place la brasse française au rang des antiquités. Armand Bonnet, nageur français apprend cette nage (l'over arm stroke) et obtient quinze titres de champion de France professionnel entre 1906 et 1912.
Cette épreuve de 1898 organisée par Le Vélo donnera également lieu à la création de nombreuses sociétés de natation sur le modèle sportif. Jusqu'alors, en France, la natation était affaire de gymnastes, de sauveteurs, de médecins ou de touristes. Après le succès de l'épreuve organisée par Le Vélo, des sections de natation vont se créer au sein de l'USFSA. Or, alors même que l'USFSA s'intéresse à la natation est créé en 1899 l'Union fédérale des Sociétés de natation et de Sauvetage. Pour contrer cette concurrence, l'USFSA institue pour la même année un championnat de France organisé autour de 3 épreuves, une sur 100m dans un bassin fermé en Seine, une de 500m en eau libre à Versailles et une de 400m en mer. Ces épreuves se déroulent sur trois jours ce qui permet aux quelques nageurs de participer aux 3 épreuves. Il n'y a pas de sélection et tout nageur amateur est le bienvenu.
L'USFSA tente à partir de cette initiative de promouvoir l'esprit amateur. Mais une confusion s'installe pour le public qui ne distingue pas amateurs et professionnels, si ce n'est que les derniers nagent souvent plus vite que les premiers. En outre, les nageurs amateurs qui utilisent (par imitation) les techniques modernes, sont pris par des anglais par le public, c'est-à-dire pour des pros. À la fin du siècle, deux modèles s'opposent donc : le modèle amateur anglais que tente de légitimer l'USFSA d'une part, et de l'autre le spectacle sportif professionnel et commercial.
Résumé des résistances, Terret, p.128
En fait, le rôle de l'USFSA ne sera pas de diffuser une activité, comme ce fut le cas pour le rugby mais plutôt d'imposer une forme de pratique. Mais la France traditionnelle populaire épouse difficilement les thèmes de la performance et du record. Les public est plus sensible à l'exploit tel que la traversée de la Manche à la nage. Mais l'exploit est par définition unique et ne supporte pas la comparaison.
De plus, l'idéal poursuivi dans les sociétés de sauvetage n'est pas l'excès mais la solidarité, la fraternité, l'altruisme. C'est la raison pour laquelle les rencontres par section organisées par les sociétés de gymnastique ou de sauvetage emportent un succès supérieur aux rencontres "sportives". Car elles s'inscrivent dans un imaginaire populaire qui s'oppose à l'individualisme bourgeois. Dans ces rencontres, ce n'est pas la performance qui est recherchée mais la cohérence du groupe, la modération de l'effort et l'uniformisation de l'exercice pour montrer l'ensemble de la section en action et non plus l'individu plus doué qui émergerait d'une épreuve de performance." La logique du dépassement de soi et de performance est rejetée. Au contraire de l'efficacité d'une nage, les sociétés de sauvetage préconisent l'apprentissage d'une pluralité de techniques. Poulaillon décrit ainsi 20 manières différentes de nager. Car la natation a une fonction avant tout utilitaire : "Il vaut mieux faire cent nageurs capables de sauver leur existence que d'essayer de créer un champion".
Finalement, les résistances à l'implantation de la natation sportive en France peut aussi se comprendre en terme de mécanismes de défense identitaires qui vise à résister à l'impérialisme anglo-saxon (Terret). Dans cette perspective, c'est moins à la natation sportive que s'adressent les résistances qu'à l'esprit défendu par l'USFSA qui prône un amateurisme que seules les franges sociales de l'élite peuvent respecter.
Néanmoins, le modèle sportif va s'imposer peu à peu entre 1900 et 1914, notamment sous l'effet conjugué des logiques commerciales et des logiques sportives. En 1903, l'USFSA organise une rencontre internationale qu'elle nomme "Championnat du monde" après avoir invité quelques amateurs européens. À cet effet, l'USFSA s'associe au journal L'auto-Vélo (concurrent du Vélo, instigateur de l'épreuve sur la Seine de 1898). Ce journal (qui vient de terminer la première épreuve cycliste appelée Tour de France) comprend l'intérêt qu'il peut tirer d'une telle association en terme d'augmentation des tirages et des ventes. Entre 1903 et 1907, l'USFSA organise 5 championnats du monde, avant même la création de la Fédération internationale de natation qui ne voit le jour qu'en 1908. L'internationalisation des épreuves vaut bien plus pour le "coup médiatique" que pour la valeur sportive des nageurs étrangers présents. Pourtant, le succès populaire est important (15000 spectateurs en 1903 et déjà 40000 en 1904).
D'autres épreuves vont contribuer à la popularisation de la natation : les traversées. 1905, traversée de Paris (en association avec le journal L'Auto), traversée de Lyon, etc.
Sociétés de sauvetages, de jeux nautiques, de joutes

Chapitre trois : L'institutionnalisation des sports

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 3 :
- Gilbert Andrieu, L'homme et la force, Paris, Actio, 1988
- Pierre Chambat, in Arnaud, Les Athlètes de la République, Toulouse Privat, 1986.
- Jacques Defrance, L'Excellence corporelle. La formation des activités physiques modernes. 1770-1914, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, Revue STAPS, 1987.

Question : L'histoire du sport est celle de son extension progressive à l'ensemble de la planète, et cela essentiellement à partir de la fin du XIXè siècle (Brohm). Qu'est-ce qui permet de l'expliquer ? Comment cela s'est-il produit ?

1) Les loisirs et les spectacles corporels en France à la fin du XIXè siècle.
a) Les gymnastiques

- Diffusion des gymnastiques en Europe
Au XIXè siècle se développent en Europe surtout et dans le monde de nombreuses gymnastiques d'inspirations diverses (médicales, patriotiques, militaires, et à but hygiénique ou pédagogique);
Elles se développent notamment à partir du modèle conçu par Jahn : le Turnen. Ce prussien du début du XIXè siècle structure les exercices corporels de manières rationnelle afin de préparer physiquement la jeunesse prussienne à combattre les armées napoléoniennes. Ainsi, il conçoit le Turnen comme une gymnastique nationale, patriotique et allemande. Cette gymnastique se caractérise par son efficacité sur le développement physique et par son rôle politique. Jahn met l'accent sur les appareils (les agrès) et introduit le jeu de la compétition entre les gymnastes.
Cette gymnastique influencera très fortement les gymnastiques du XIXè siècle. Notamment pour son inspiration militaire. Il s'agit de former physiquement des soldats. C'est donc une gymnastique très marquée par la discipline, les mouvements d'ensemble, et dans laquelle les exercices à caractère risqué sont valorisés.
En France, Amoros développera une gymnastique assez proche et dans le même esprit.

Toutes les gymnastiques de l'époque s'organisent de manière rationnel et se parent d'un côté pseudo-scientifique. Elles favorisent ainsi les exercices de plancher, d'assouplissement, appelés aussi élémentaires, exercices construits, contrôlables, exécutés de manière simple. Ces exercices préparent aux exercices aux agrès qui vont connaître un vif succès, notamment lors des manifestations de masse. La 1ère fête de ce genre est organisée en 1814 par Jahn pour célébrer la défaite de Napoléon à Leipzig l'année précédente. Au fil des années, ces fêtes se transforment en fêtes-compétitions dotées de prix pour les sociétés de gymnastique ou les gymnastes.
Elles ne renoncent pas au cérémonial militaire, et vont donc jouer un rôle sur la fascination des foules pour les exercices d'ordre, de discipline, lors desquels tous les individus agissent en même temps. Ces démonstrations exaltent l'esprit patriotique, notamment en France à partir de 1870.

- Sociétés de gymnastique et formation de l'esprit patriotique.
1873 Union des sociétés de gymnastique de France (devient en 1942 FF de gymnastique)
Jusqu'en 1914, la gymnastique se développe en marge du pouvoir politique. Elle assure un rôle dans l'embrigadement de la jeunesse et notamment dans la formation d'un esprit nationaliste. Les fêtes de gymnastique sont au coeur de ce processus de formation idéologique de la jeunesse. Cf. Pierre Chambat

- Gymnastique scolaire

b) Les activités populaires de force.
Foires, lutte, poids et haltères.
Les activités de force appartiennent à des hommes phénomènes, aux forains, au cirque, à ceux que l'on appelle les hercules de foire.
Suspicion à l'égard des activités considérées comme violentes. 1855 la Préfecture de la Seine interdit les assauts de boxe française. Les assemblées de gymnastes, de lutteurs, de boxeurs sont surveillées et la création de société fait l'objet de rapports de police (repères de truands, de révolutionnaires. La commune avril-mai 1871, d'activistes politiques ?)
Ex. L'Académie athlétique, créée par Pierre Noël Rouvérolis, dit le Gaulois, venu de Sète. Achète un débit de vin et ouvre une arène athlétique où se pratiquent la lutte, les poids et haltères, la gymnastique, activités que le discours pédagogico-hygiéniste repousse au nom de la modération et des convenances.
Salles populaires. La Vie au Grand air : "aussi bien est-il peut-être exagéré d'attribuer le qualificatif de gymnase à des salles basses et obscures souvent agencées dans les caves et où l'air ne pénètre que par de rares soupiraux" 1904

c) La culture physique
Rouhet, "Revenons à la nature et régénérons-nous", " L'art de créer le pur-sang humain" : "Il faut donc, avant tout, faire des hommes forts ayant des organes remplissant bien leurs fonctions spéciales". La culture physique consiste à construire l'athlète parfait en appliquant des procédés d'entraînement rationnels et systématiques. Travail aux poids et haltères. Le but n'est plus de soulever des poids d'une masse exceptionnelle mais d'utiliser les poids pour muscler toutes les parties du corps.
En ce sens, il ne s'agit pas de sport mais d'un exercice physique rationnel visant à produire du muscle, symbole de régénérescence. "Il faut régénérer la race". Fantasme de la dégénérescence qui habite l'esprit de tous les théoriciens de la gymnastique, de l'éducation physique et des sports de la fin du XIXème siècle à la seconde guerre mondiale.
Ruffier, Soyons forts, 1909 : "A Paris, centre renommé de l'élégance et de la beauté, ce ne sont que gros ventres ridicules, bajoues congestionnées, dos ronds, faces blêmes, épaules tombantes et poitrines recroquevillées. [...] D'où provient cette déchéance physique ? Il se passe tout simplement que le muscle s'en va; et avec le muscle, la forme du corps."
Desbonnet, comme Ruffier ou Rouhet oeuvre pour une culture physique régénératrice au sein de salles privées. La culture physique d'alors n'a rien à envier à nos salles de mise en forme sophistiquées. Il va prendre des dizaine de milliers de photographies visant à attester des effets de sa méthode, sur le modèle "avant", " après".

d) Les clubs sportifs
Le modèle sportif arrive d'Angleterre. Mais il n'arrive pas sur une terre vierge de sociétés et de pratiques corporelles. En effet, il existe en France un tissu de regroupement sociétaires dont la vocation est de rassembler ses membres autour de la pratique d'une activité physique. Nous avons évoqué l'exemple de la gymnastique. Mais il existait dans les villes des regroupements qui rassemblaient pour la pratique du tir à l'arc ou de la sarbacane ou encore de la boule des groupes affinitaires, par quartiers ou par affinité professionnelle (commerçants, artisans, ouvriers, etc.)
L'importation des clubs sportifs introduit en France une nouvelle sociabilité. ARNAUD : "La vie associative tend à s'organiser autour d'un modèle rationnel et légal fixant objectivement et explicitement les droits et les devoirs des membres." Ce mode d'organisation créé une sociabilité qui s'oppose à la sociabilité domestique ou conviviale.
L'AS contribue à socialiser les individus en érigeant les règles d'admission des sociétaires (cooptation ou parrainage), érige une "police intérieure" et fixe au travers de sanctions (amendes, exclusions) les droits et devoirs de chacun des membres. L'intégration des sociétaires (les pratiquants) est l'équivalent d'une domestication qui place l'AS au rang des institutions éducatives.
L'AS offre une image de sérieux et d'honorabilité en excluant de ses rangs toute délinquance interne déjà largement réduite par les enquêtes de police.
"Dès lors, la fonction strictement sportive de l'AS se trouve largement dévaluée : la rédaction des statuts est plus soucieuse de formaliser par l'écrit les règles de la vie communautaires que de définir les systèmes de règlement devant présider aux pratiques d'exercice. " Ce dernier point sera le fait des fédérations qui constituent une instance supérieure.
L'organisation associative va également instaurer une division des tâches, notamment entre les pratiquants et les dirigeants. Le dirigeant choisi, élu, est souvent un homme public, respectable. Un notable.
La pratique d'un sport n'est pas le but ultime puisque de nombreuses sociétés sanctionnent leurs membres pour absence lors des fêtes ou concours. Les buts de ces sociétés de la fin du XIXè siècle sont de trois ordres selon Arnaud :
- elles sont des lieux du militantisme de l'esprit républicain
- elles assurent des fonctions de représentativité, d'assistance, civique, de socialisation cf. p. 186
- elles contribuent à forger un "esprit de corps" qui solidifie la communauté.

Clubs omnisports et unisports.
Pratiquer un sport implique de la distinction. Appartenance aux classes aisées. Recrutement entre soi. La création des clubs sportifs s'établit sur le modèle anglais du club : parrainage, cercle privé, sociabilité de l'élite aristocratique.
1872 Havre Athlétique Club (HAC) Création d'un club de football association par les employés d'une compagnie britannique de navigation. Pratique d'un jeu mêlant les règles des deux types de football (football rugby et football association)
Racing club de France 1882. Stade Français 1883 Lycéens et étudiants parisiens
En 1886, de Coubertin publie des articles sur le sport anglais d'après l'étude qu'il a faite dans les Collèges britanniques et à l'Université de Cambridge
1891 White Rovers, 1892 Standard Athlétic Club fondés par des anglais à Paris.
Le sport s'implante initialement dans les villes et plus particulièrement dans les villes universitaires et les ports. Ce n'est qu'après la 1ère Guerre mondiale, à partir de 1920, que la pratique des sports gagnera les campagnes.

e) L'espace des pratiques à la fin du XIXè siècle

Comment en vient-on à rassembler toutes ces pratiques au sein de l'institution sportive ?

f) L'institutionnalisation des sports
Deux types de Football
1863 Fondation en Angleterre de la Football Association
1871 Création de la Rugby football union en Angleterre
1873 Union des sociétés de gymnastique de France (devient en 1942 ff de gym)
1881 Unions de société de cyclisme, 1882 Unions de société d'escrime, 1886, Unions de société de tir
Union des Sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) première fédération sportive fondée en 1887.
1894 Création du CIO
1899, natation, 1914 haltérophilie, 1919 football, éclatement de l'USFSA, 1920 Rugby, Lawn-tennis, Athlétisme, 1925 ski, 1932, BB après avoir été rattaché à la FF d'athlé depuis 1921, 1936 VB, 1941, HB qui avait été "accueilli" au sein de la FFBB, 1947 judo

Trois phases : 1873-1908 (création d'un Comité nal des sports et 1911 du COF au sein du CNS)
13 organismes dont deux fédérations affinitaires : catholique L'Union des Sociétés de Gymnastique et d'instruction militaire des Patronages et oeuvres de jeunesse de France (qui devient Fédération sportive et Culturelle de France)
sport ouvrier : L'Union des sociétés Sportives et gymniques du travail (devient en 1934 la FSGT) Les Unions de société de tir, etc.
1910-1925 vingt fédérations sont créées en une quinzaine d'années)
1927 à nos jours une vingtaine de nouvelles fédés au fur et à mesure que l'apparition de sport nouveaux appelle une organisation rationnelle des compétitions

g) Conséquences : La normalisation sportive
Normalisation technique, organisationnelle et réglementaire
Écriture des lois du jeu et des conditions de l'affrontement Exemple du hacking arrêter l'adversaire en le frappant violemment du pied au-dessous du genou; Tripping, croc en jambe. 1863 les partisans de ce jeu du collège de rugby sont en minorité.
Règles fondamentales. Permanence et adaptation. Conserver l'esprit et assurer le spectacle
Rencontres internationales : nécessité de s'entendre sur les règles du jeu
Normalisation technique
Recherche de l'efficacité
Dès lors, la compétition sportive constitue le modèle dominant de l'institution sportive.
Elle est "un complexe de procédés de mesure et de comptabilité ou de classement" Brohm, p. 180.


Chapitre 4 : Le mythe olympique.
NAISSANCE, SIGNIFICATIONS ET FONCTIONS DES JEUX OLYMPIQUES MODERNES

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 4 :
- Yves-Pierre Boulongne, La vie et l'oeuvre pédagogique de Pierre de Coubertin, 1863-1937, Ottawa, Éditions Leméac, 1975
- Jean-Marie Brohm, Le Mythe olympique, Christian Bourgois, 1981.
- Jean-Marie Brohm, "Pierre de Coubertin et l'instauration du néo-olympisme", in Pierre Arnaud, Jean Camy, La Naissance du mouvement sportif associatif en France, 1986
- Philippe Liotard, "Une "histoire des acteurs sportifs", mais quelle histoire ?", in Jean-Michel Delaplace, L'Histoire du sport, l'histoire des sportifs, Paris, L'Harmattan, 1999.

A quel projet répond l'institution des Jeux olympiques par Coubertin à la fin du XIXè siècle ? Quel a été leur impact sur la signification sociale du phénomène sportif ? "Qu'entendons-nous exactement quand nous parlons des Jeux olympiques ?" (Bourdieu)

Ce n'est pas une histoire des JO qui va être racontée, mais la constitution d'un mythe qui va être présentée.
Qu'est-ce qu'un mythe ?
Pour Roland Barthes, le mythe est un langage, une parole, c'est un mode de signification qui produit des croyances.
"Le mythe est une parole choisie par l'histoire"
"et c'est précisément parce qu'ils sont historiques que l'histoire peut très facilement les supprimer"
Projet : contribuer à démystifier, démythifier les JO en montrant comment il se sont constitués et comment s'est élaboré le discours qui les justifie.
Car "le mythe est une valeur, il n'a pas la vérité pour sanction : rien ne l'empêche d'être un alibi perpétuel
"Le mythe transforme l'histoire en nature. C'est une parole dépolitisée. Qui ne nie pas les choses, mais les innocente, les purifie."
Il a une double fonction :" Il désigne et il notifie, il fait comprendre et il impose"
Ex. du fonctionnement du mythe : ATLANTA 1996. Atlanta plutôt qu'Athènes ? La guerre des symboles contre les enjeux économiques. Aucun dopé à Atlanta. L'Équipe.

Mythe ou idéologie ?
Pour Jean-Marie Brohm, ("Pierre de Coubertin et l'instauration du néo-olympisme", in Pierre Arnaud, Jean Camy, La Naissance du mouvement sportif associatif en France, 1986) le caractère idéologique du néo-olympisme peut s'étudier à partir de trois grandes contradictions qui le traversent.

1) contradiction entre la prétention universaliste des JO rénovés et les déclarations patriotes et les sentiments nationalistes de Coubertin.
2) alors que le mouvement olympique prétend réconcilier les peuples, Coubertin développe une conception ethnocentriste, raciste et colonialiste. Supériorité de la "race blanche"
3) contradiction majeure : fossé entre l'Idéal olympique (les idéaux sportifs) et la réalité du sport de compétition : dopage, violence, tricherie, mercantilisme, abus politiques, complicité avec les dictatures.
Contradictions dont Coubertin fut conscient dès le départ. Nouvelle contradiction historique. Comment, malgré la conscience qu'avait Coubertin de ces contradictions, les contradictions 1 et 3 ne parviennent pas à être surmontées ? Poids du mythe, poids de l'idéologie olympique qui sert le pouvoir olympique, les pouvoirs politiques, le pouvoir économique, etc.


1) Coubertin créateur du mythe : le projet olympique.
C'est la parole coubertinienne qui institue le mythe olympique.
a) Quelques étapes
Coubertin en Angleterre (Yves-Pierre Boulongne, p. 48)
Coubertin à l'USFSA 1890 p. 50
Le mythe d'Olympie pp. 152-153.
Olympie, sanctuaire permanent. Compétitions réservées aux hommes (ce que Coubertin chercha à maintenir) et certaines aux garçons. Les femmes ne pouvaient y assister. Certaines épreuves pouvaient donner lieu à une violence inouïe allant jusqu'à la mort. Seul le vainqueur est distingué (olivier). Pas de records. Engagements individuels. Les jeux antiques eurent lieu malgré de nombreuses guerres, alors que les JO modernes ont déjà été annulés par trois fois à cause des 2 conflits mondiaux. Voir Chappelet, Le Système olympique,
1894 p. 56 1896 Premiers JO à Athènes. Idée de faire renaître Olympie. Revenir aux origines mythiques de notre civilisation.
1916 se fixe à Lausanne
1921, décide de quitter la présidence du CIO ce qu'il fera en 1924

b) Le projet éducatif de Coubertin.
Quelle est la place des Jo dans ce projet ?
Les JO apparaissent comme un moyen d'atteindre trois objectifs

b1 Former des hommes forts.
Cf. documents du Figaro de la fin du XIXè siècle. Coubertin expose un projet ambitieux de rénovation sociale selon trois étapes :
- mettre à la mode les exercices,
- les internationaliser,
- les démocratiser.
Selon lui, pour former un débrouillard, il faut compter un peu sur l'enseignement, pas mal sur les voyages, beaucoup sur l'apprentissage sportif.
"Je crois qu'en général le sport donne à ses adeptes, toutes choses égales d'ailleurs, quelque clarté de plus dans le jugement, quelque ténacité de plus dans l'action. Mais parvient-il à fortifier vraiment le caractère et à développer ce qu'on pourrait appeler la musculature morale de l'homme ? Voilà, en définitive, la question fondamentale, celle d'où dépend la place à laquelle le sport aura droit dans l'éducation."
"La Psychologie du sport", in La Revue des deux mondes, 1er juillet 1900

"La volonté ! voilà ce qui féconde le sport et le transforme en un merveilleux instrument de "virilisation"." ibidem

"L'homme de sport devient étranger à toute préoccupation utilitaire. La tâche qu'il accomplit, c'est lui-même qui se l'est assignée, et comme il n'est pas obligé, pour gagner sa vie, de la recommencer le lendemain, le souci de se ménager lui est épargné. Il peut ainsi cultiver l'effort pour l'effort, chercher les obstacles, en dresser lui-même sur sa route, viser toujours un degré au-dessus de celui qu'il a atteint. C'est ce qu'exprime si bien la devise choisie par le Père Didon pour ses élèves d'Arcueil groupés en association athlétique. " Voici, leur a-t-il dit, le jour de leur première réunion, voici votre mot d'ordre : citius, altius, fortius! Plus vite, plus haut, plus fort!" ibidem

"L'antiquité en fit un usage abondant, cela est certain. Mais de nos jours, s'en sert-on ? Est-elle même applicable à notre civilisation présente, faite de hâte fébrile et d'âpre concurrence ? Et le sport qui nous est revenu de si loin après une éclipse si longue et si totale, n'a-t-il pas complètement changé de caractère ? Ne tend-il pas à se confondre avec des instrumens de locomotion de plus en plus perfectionnés ? Est-ce bien là le même athlétisme dont la portée morale était sans cesse proclamée et dont le "mot d'ordre" du Père Didon tendrait à rétablir la formule ?... A ces questions, le temps seul peut donner une réponse certaine. Si, d'ailleurs, le mépris mystique de la "guenille charnelle" qui tua l'athlétisme aristocratique du moyen âge, a cessé d'être un ennemi redoutable, il n'en est pas de même de l'argent par lequel périt l'athlétisme démocratique de l'ancienne Grèce. Sa beauté morale sombra avec l'esprit de lucre et le monde d'à présent est trop esclave de la richesse pour que pareil destin ne soit à craindre pour les sports renaissans." ibid.

"l'esprit est demeuré le même. L'instinct sportif est toujours inégalement distribué. Ne l'a pas qui veut. Et parmi ceux qui l'ont, tous ne vont pas jusqu'au bout de ce qu'il peut donner. Tous n'y cherchent pas la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. Ceux-là, pourtant, me semblent plus nombreux qu'on ne le croirait d'abord. De sorte qu'on en peut tirer cette conclusion, qu'aujourd'hui comme jadis, la tendance du sport est vers l'excès. Voilà sa caractéristique psychologique par excellence. Il veut plus de vitesse, plus de hauteur, plus de force... toujours plus. C'est son inconvénient, soit ! au point de vue de l'équilibre humain. Mais c'est aussi sa noblesse, et même sa poésie." ibid.

b2 S'opposer aux perspectives révolutionnaires
Lutter contre "la diffusion et le renforcement des idées socialistes", "la propagande collectiviste", "cette espèce d'anonymat, grand pourvoyeur de socialisme" (In Essais de psychologie sportive, p.173)

b3 Participer à l'expansion (ou au maintien) de la puissance coloniale française.
"Les sports et la colonisation", 1912. Participer à la grandeur de la France (missions diplomatiques durant la guerre de 1914).

2) Signification des JO.
a) un événement. Mais lequel ?
Bourdieu "Les Jeux olympiques. Programme pour une analyse", Actes de la Recherche en sciences sociales, n° 103, pp.102-103.
"Qu'entendons-nous exactement quand nous parlons des Jeux olympiques ?"
- la manifestation "réelle", c'est-à-dire un spectacle proprement sportif. Rituel à forte connotation nationale sinon nationaliste.
- Le référent caché : l'ensemble des représentations de ce spectacle que filment et diffusent les télévisions. Objet doublement caché puisque personne ne le voit dans sa totalité et personne ne voit qu'il n'est pas vu. Illusion pour chaque téléspectateur de voir le spectacle olympique dans sa vérité. La représentation télévisée " transforme la compétition sportive entre les athlètes [...] en une confrontation entre les champions [...] de différentes nations."
Construction du spectacle comme outil de communication. Lucidité de Coubertin sur ce point.

b) une doctrine (l'olympisme).
Cette doctrine fonde ce que l'on appelle l'esprit sportif. La force de cet esprit vient de sa dimension imaginaire. L'olympisme formule une manière de jouer inspirée des origines élitistes du sport. Les écrits de Coubertin, puis, à sa suite, les textes du CIO élaborent une pratique idéale qui sert de référence imaginaire qui définit ce que devrait être le sport. Cet idéal est diffusé par le discours qui accompagne les pratiques.
Cette doctrine s'appuie sur des valeurs comme le pacifisme, l'entente entre les peuples, le fair-play. Cette dernière valeur correspond d'ailleurs à une manière de jouer dans l'esprit. Une telle doctrine assure alors une fonction d'illusion en laissant penser que le sport serait une pratique coupée des réalités sociales. Une autre illusion consisterait à imaginer que le sport serait en lui-même porteur de vertus et par conséquent constituerait une activité hautement éducative par essence. Or, il n'y a pas d'essence du sport. Tout au plus peut-on repérer qu'il existe un idéal qui, comme tout idéal, reste du domaine de l'imaginaire.
Par exemple, pour les thuriféraires du sport, ce dernier serait un instrument de fraternité entre les hommes, alors qu'il se traduit par un apprentissage de la violence et une focalisation des haines identitaires. Le sport serait censé unir les hommes par-delà les divisions ethniques, politiques et religieuses ou les inégalités économiques et sociales. Mais les réalités chauvines, xénophobes ou violentes ne sont pas récentes, comme le montre Pierre Arnaud. Elles sont au contraire contemporaines de l'institutionnalisation des compétitions sportives. (Introduction à Les Origines du sport ouvrier en Europe)
Le sport divise. L'histoire du mouvement sportif envisagé dans sa complexité en atteste. Enjeux de la diffusion des sports illustrés à partir du sport catholique et du sport ouvrier.
Pour le premier : former physiquement, moralement et spirituellement la jeunesse
Pour le second : représenter une " classe sociale". Mais dans quel but ? Faire du sport un instrument de lutte contre le capitalisme et donc de lutte de classes ? Utiliser le sport pour permettre des réformes politiques et sociales ? Faire du sport un espace neutre qui échappe aux problèmes du monde contemporain ?
En fait, la diffusion du sport dans les milieux populaires contribue à mettre en question l'idéal sportif. Les pratiques sportives populaires produisent une corruption de l'esprit sportif qui n'existe nulle part ailleurs que dans les clubs chics ou dans le discours des dirigeants.
Commercialisation des spectacles sportifs. Paris, prix, récompenses. En France, les premiers scandales éclatent autour des courses cyclistes. En Angleterre, le supportariat ouvrier est grossier, vulgaire, sans principe, et très éloigné de celui des milieux raffinés de l'aristocratie.
Paradoxalement, la transformation de l'esprit sportif au contact des milieux populaires est ce qui autorise les mouvements ouvriers à dénoncer le sport comme une corruption issue de la culture bourgeoise et du capitalisme. Le sport serait alors l'apprentissage du vice et de la corruption. Il peut même se comprendre comme un outil qui détourne le prolétariat de ses objectifs révolutionnaires. La création de sections sportives ouvrières est donc parfois combattue et critiquée par certains socialistes. En 1910, en Italie, les Jeunesses socialistes italiennes affirment "l'incompatibilité du sport et du socialisme" (d'après Pivato) : critique du professionnalisme, du culte du champion, de la médiatisation et de l'exacerbation des nationalismes.
Le sport et la gymnastique véhiculent des idéaux belliqueux et nationalistes que les mouvements socialistes critiquent au nom de l'antimilitarisme et du pacifisme. L'internationale rouge des sports, créée à Moscou en 1921, espère unir toutes les organisations paysannes et ouvrières des gymnastiques et des sports, afin de "faire des combattants résolus, courageux et combatifs de la lutte de classe du prolétariat pour le renversement de l'ordre capitaliste. Le sport et la gymnastique ne sont pas le but poursuivi, mais seulement un moyen de lutte de classe prolétarienne" (cité par Léon Strauss, in Arnaud 1994) Position de l'URSS vis-à-vis des J.O. : détourner les travailleurs de la lutte des classes et les entraîner vers de nouvelles guerres impérialistes. Les J.O., c'est le capitalisme.
Néanmoins, la doctrine olympique continue à alimenter le discours sur le sport en contradictions, voire de doubles messages paradoxaux. (ex. du dopage : il est contraire à l'esprit sportif de se doper mais il est nécessaire de rechercher à accroître son rendement - voir le chapitre sur le dopage du cours anthroppologie de la performance -; l'esprit sportif commande de respecter son adversaire mais il est logique d'utiliser des gestes visant à "faire mal" ou à "faire peur" au sein d'un affrontement, Cf. l'usage des fourchettes en rugby, L'Equipe du10/11/99)

c) une institution (CIO).
Dont la fonction première est d'assurer la justification des JO aux yeux des générations successives.
Une institution qui tente malgré la corruption de faire régner cet idéal olympique et d'assurer un contrôle sur le mouvement sportif international.
Une institution représentant les couches dominantes de la vie sociale (principe de cooptation). A l'origine, aristocrates, diplomates, officiers supérieurs. Dans les années cinquante-soixante, magnats de l'industrie et des multinationales du pétrole, de l'assurance et des finances.

Chapitre 5. Les enjeux politiques du sport. Servir les luttes sociales et construire les nationalismes

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Bibliographie utilisée dans le chapitre :
- Pierre Arnaud, Les Origines du sport ouvrier en Europe, Paris, L'Harmattan, 1994.
- Quasimodo, "Nationalismes sportifs", n°3/4,

Comment comprendre la multiplicité des enjeux qui alimentent la diffusion des sports ?
Comment comprendre l'importance symbolique des résultats sportifs internationaux ?

Une réponse consiste à mettre en évidence l'impact des nationalismes sur la construction des significations collectives du sport. Processus d'identification à la nation. Notions de modèle, d'idéal.
Gunter Gebauer parle de nouveau nationalisme sportif. Stefano Pivato (Les Enjeux du sport) considère pour sa part qu'en cette fin de siècle le sport est débarrassé de sa charge idéologique. Qu'en est-il ?

1 - Les enjeux des résultats sportifs sont dépendants des conjonctures politiques.
2 - Mais, ils possèdent une symbolique propre qui génère des enjeux symboliques.

1 - Enjeux des résultats sportifs et conjonctures politiques.
Après la Première Guerre mondiale, expansion du sport, désormais institué, et importance de la symbolique sportive.
Naissance d'une société de masse. Importance des médias dont la radio qui se diffuse à grande échelle à partir des années 20.
Spectacle populaire. En France, au début des années 20, 20-30000 spectateurs assistent régulièrement aux matchs de l'équipe nationale de FB. En 1930, pour la première finale de la coupe Jules Rimet (mondial), 100 000 spectateurs participent au match Argentine-Uruguay. Tour de France, interrompu pendant la guerre reprend dès 1919.

a) Nationalismes et politique dans l'Europe de l'Entre-deux-guerres.
Après la 1ère Guerre mondiale, les grandes rencontres internationales deviennent des lieux d'affrontement symboliques entre nations mais aussi entre empires. Pour cela, "il faut que le sport ait conquis une audience internationale et que l'événement sportif qui fournit le motif au boycott représente un enjeu symbolique important." (Lionel et Pierre Arnaud)
Dès la fin de la guerre, les relations politiques dictent les rencontres internationales, ce qui pose la question de l'autonomie des sports vis-à-vis des pouvoirs politiques. 1919, Jeux interalliés au stade Pershing à Paris. Rencontres entre sportifs des pays victorieux de l'Allemagne (Etats-Unis, Angleterre, France, etc.)

b) Les premiers boycotts politiques
1920, JO d'Anvers sans l'Allemagne. Pour Pierre Arnaud, il s'agit des Jeux de la Guerre. Les nations vaincues ne sont pas invitées. Inauguration d'un critère d'exclusion basé sur des considérations politiques. Le sport devient un moyen d'exclusion des états défaits militairement. Le boycottage est alors un instrument politique "brandi par les pays démocratiques contre les sociétés barbares".
Gaston Vidal (directeur du service de l'éducation physique et des sports rattaché au Ministère de l'Instruction publique) : "le sport est devenu une affaire d'Etat, il a un caractère officiel". Et les sportifs français sont tenus d'être les "ambassadeurs de la France dans le monde".
Entre 1920 et 1924, la France dispute 84 rencontres internationales (exception faite des JO). Toutes l'opposent aux pays Alliés (Britanniques, Belgique, etc.) Les Allemands et leurs alliés sont systématiquement écartés ainsi que les pays neutres (la Suisse) et l'URSS. La révolution russe provoque en effet un blocus des nations occidentales. De plus, les dirigeants soviétiques refusent de participer à des compétitions dites "bourgeoises" et ceci jusqu'en 1952. Il faut attendre 1931 pour que la France rencontre l'Allemagne en FB à Colombes! 55000 spectateurs dont 15000 Allemands.
Il était difficile pour l'opinion française d'admettre que des Allemands (nos ennemis héréditaires) puissent revenir en France. De plus, hostilité des anciens combattants et des hommes politiques.
1924, JO de Paris Grand débat. L'Allemagne doit-elle participer ? Coubertin est hostile aux Jeux à Paris car il n'accepte pas que les fédérations sportives françaises et internationales de même que Gaston Vidal empiète sur les prérogatives du CIO. Mais surtout, c'est le Ministère des affaires étrangères français qui juge inacceptable la présence de l'Allemagne.

c) Usage politique des sports dans les pays totalitaires
Italie 1924, Allemagne, 1933, Front populaire 1936, URSS.
Le modèle de l'état moderne organisé sous forme d'État-nation prend sa configuration au XIXè siècle. Unifications nationales (linguistique, culturelle, idéologique).
1924 Avènement du parti fasciste. Le sport assure une fonction de ciment national et d'affichage international.
1933 Hitler devient Chancelier.
1936. Le Front populaire doit-il participer aux olympiades nazies ? Qu'est-ce qui est le plus important : que la France soit représentée ou que le nazisme ne soit pas cautionné ? La FSGT, créée en 1934 par l'unification des deux organisations sportives ouvrières (socialiste et communiste), entame une campagne de boycott dès 1935 contre Berlin et Garmisch-Partenkirchen. Elle crée un comité français pour la défense de l'idée olympique. "Pas un sou, pas un homme pour les J.O de Berlin : tel est le mot d'ordre autour duquel doivent se réunir tous les sportifs et tous ceux qui entendent rétablir les libertés violées et supprimées dans les pays fascistes."
Elle appelle à lutter contre le "défi lancé à la face du monde par le fascisme hitlérien avec la complicité des gouvernements de régression sociale et du Comité international olympique"
Malgré cette initiative, les autres organisations sportives refusent le boycott au nom de l'apolitisme. Tout comme les tentatives de boycott de la Coupe du Monde de FB en Argentine en 1978 (COBA) et des JO de Moscou en 1980 (COBOM).
Ambiguïté gouvernementale. Aucun membre du Front populaire ne se déplace à Berlin. Mais Blum demande 1M de F pour la participation française aux JO.

2) Nationalismes sportifs
Pour les illustrations développées ci-après, voir Quasimodo, "Nationalismes sportifs", n°3/4

a) nationalismes et sentiments nationaux
b) L'après 1945 : La guerre froide et l'affrontement des deux blocs
c) Usage des sports par les nouveaux Etats-nations

Exemple du Sénégal, des pays de l'Ancien bloc de l'EST, de l'ex-Yougoslavie
d) Sport international, cohésion nationale et affichage international
Exemple de l'Algérie, de la Roumanie, du Sénégal.
e) Les rencontres sportives internationales au secours des imaginaires nationaux


Chapitre 6 Sports, spectacles et médias

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 6 :
- Lionel Arnaud et Pierre Arnaud, Le Sport, Jeu et enjeu de société, Paris, La Documentation française, 1996.
- Jean-Jacques Barreau, Jean-Jacques Morne, Sport, expérience corporelle et science de l'homme, Paris, Vigot, 1984, chapitre "La mise en scène du spectacle sportif".
- Ronald Hubscher, L'Histoire en mouvements. Le sport dans la société française (XIXè-XXè siècles), Paris, Armand Colin, 1992, plus particulièrement, chap.15 et19.
- Marc Perelman, "La Fureur du spectacle sportif", in, Quasimodo, n°3, ("Nationalismes sportifs"), 1997.
- André Rauch, "Boxe à la télévision. L'enjeu de l'impérialisme américain", in Pierre Arnaud, Wahl Alfred, Sport et relations internationales, Metz, Centre de recherche "histoire et civilisation" de l'Université de Metz, 1994.
- Michel Winock, Chronique des années soixante, Paris, Seuil, 1987.

Avec la mondialisation conjointe du spectacle sportif et de l'information, la seconde moitié de notre siècle voit naître une forme de passions collectives à dimension universelle; la passion sportive.
"Pourquoi notre société se passionne-t-elle pour ce genre particulier d'affrontement collectif codifié ?" (Christian Bromberger, Le Match de football, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1995)

1) La passion sportive.

2) Le spectacle sportif
Au cours du XXè siècle, les spectacles sportifs sont devenus de grandes fêtes mobilisatrices de foules (JO, Coupe du Monde de FB, d'athlétisme, Tour de France, Tournoi des 5 nations, Grands prix, coupe d'Europe et championnats...). Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, à intervalles réguliers et à heures fixes, des millions d'individus s'installent devant leur télé pour assister à un même événement.
Spectacles s'établissent sur une périodicité régulière. Tous les 4 ans (JO, Coupes du Monde) ou chaque année (Tour de France, Tournoi des 5 Nations).
Rythmicité de la passion.
Connotation entre un bon sport (celui que l'on pratique) et un mauvais sport (par procuration, celui que l'on regarde. "En fait, tout sport est toujours spectacle. [Et] le spectacle sportif se fait de plus en plus spectaculaire. Il y a tragédie. Mais la tragédie est orchestrée." (Jeu, 1992).
Importance de l'émotion et de l'imaginaire. Importance de la symbolique.
L'histoire du sport comme spectacle suppose que l'on étudie celle du football et notamment à partir du moment où il devient professionnel (1932).
Participation du public à l'action dramatique. Le stade devient le lieu de la fête. Il "possède en effet cette "vocation" architecturale d'agir techniquement sur les individus, en fin de compte de les instrumentaliser. [...] Le stade établit d'emblée une emprise irrésistible sur les individus." (Perelman, 1997)

3) La médiatisation du spectacle sportif
1946, création du journal L'Équipe. Tirage 100 000 exemplaires.
Pics pour les rencontres d'intérêt national : 1948 : 824 000 ex. Marcel Cerdan-Tony Zale, 1982, 801 000 ex après la demi-finale de Séville, JO, Grand chelem du XV de France...
Narration du match après la couverture en direct (à la radio pour Cerdan-Zale, à la télé pour France-RFA)

La télé. Impact du direct. Illusion de la réalité. Image, mouvement.
Gros plan, ralentis, cadrage, suivi motorisé, miniaturisation... Usage des technologies pour mettre en scène le spectacle sportif et produire de l'émotion.
Les médias (télé, radios, journaux) envisagés collectivement se donnent sans auteurs et produisent, diffusent et renforcent les significations des événements sportifs.
1960 : 13% des foyers français ont acheté un téléviseur. Les cafés attirent leur clientèle avec l'arrivée du Tour de France ou le feuilleton du jour.
1964 : 2è chaîne, 1967, couleur. 1964 derniers JO pour lesquels les Français restent l'oreille collée au poste de radio. Fiabilité. Joie puis déception dans le 5000m : Jazy annoncé vainqueur puis finalement 4è.
1968 : 60%. 84% des téléspectateurs sont à leur poste tous les jours ou presque (2 à 3h par jour). Entre 19h et 22h, le taux de pénétration de la télé est trois fois supérieur à celui de la radio.
A l'époque, la télé érige ses programmes dans la perspective de transmettre la culture (patrimoine, musique classique, Comédie française, messe du dimanche, etc.). Les "variétés" n'apparaissent que parcimonieusement (Guy Lux et Intervilles), de même que les feuilletons (Les Incorruptibles, Au nom de la loi, etc.). Le Tournoi des 5 nations semble à même de rassembler tous les types de spectateurs, quel que soit leur niveau culturel.
Pour André Rauch, "l'évolution des retransmissions télévisées des combats de boxe illustre l'une des stratégies de conquête du monde par les États-Unis". Les combats de boxe entrent dans la circulation des produits. Ils sont enregistrés, rediffusés, vendus, etc.
Cassette sur Mohamed Ali, When we were kings. A voir absolument
Dès 1941, la télé américaine commercialise des matches de boxe où "chaque coup de poing écrase en gros plan le corps de l'adversaire" (Rauch, 1994)..
En 1955, 11 programmes de boxe/semaine aux E-U.
En France, en 1958, une 1ère : la retransmission des cols du Tour. 1967, mort de Simpson dans le Ventoux. La mort en direct bouleverse la France!!!
Cassius Clay, héros télévisuel. 1967. Contre Ernie Terrell "Quel est mon nom ?". Incarnation d'une cause. Les autres boxent pour un titre. Sa cause, celle du peuple noir. Révolution des peuples du Tiers-monde. Ali-Foreman à Kinshasa en 1974. Ali bouma le. Match du siècle. Exploitation de la montée des revendications du 1/3 monde.
1965, la revanche Clay (Ali)-Liston est retransmise à 3h du matin en France dans les studios de l'ORTF (875 spectateurs). Retransmis le lendemain à la télé à 13h30 et 21h40.
1968 : Grenoble et Killy. Mexico et le Black Power.
1972, Monzon-Bouttier. Retransmission en direct dans une quinzaine de pays. 4 caméras. Journalistes dans les vestiaires, au bord du ring... "L'écran a réduit le champ d'observation aux corps des 2 adversaires, mais il ouvre la curiosité du téléspectateur aux préparatifs du combat, les lieux où le boxeur se prépare, l'expression des émotions qui sont censées intensifier le drame." (Rauch 1994).
Exigence spectaculaire de la télé qui sélectionne les grands combats et ignore les petits.
L'épopée des "Verts". Partage de l'émotion à l'échelle nationale. Tentative de transcription de l'émotion vécue par les spectateurs. Geoffroy Guichard : "le Chaudron". Pascal Charroin, De l'épopée au mythe, thèse 3è cycle, Université Lyon1.
Rôle du journaliste qui "tente de fixer le souvenir et l'émotion" (Jeu 1992) Générer l'émotion (1-4 contre Split, 0-2 contre Kiev, etc.), l'entretenir durant la rencontre, la restituer après pour des gens l'ayant vécue.


4) La symbolique sportive. Le champion et la nation
Identifications collectives...
"Poulidor, humain, trop humain, rassure le commun des spectateurs. [Il est] un attendrissement nostalgique pour la société rurale en ces années de mutations rapides. [...] Les admirateurs de Poulidor savent bien qu'Anquetil est le plus fort, mais le fond de sa supériorité les glace ; ils y sentent l'artifice, la planification, la prépondérance technologique.", (Winock, 1987)

...et valeurs locales
Marseille et Saint-Etienne. Des années soixante-dix. OM, le panache, virtuosité, efficacité spectaculaire. Politique de stars, Skoblar, Magnusson, Keita, Paulo Cesar, Jaïrzhino, (Carnus et Bosquier puis Beretta) Le Marseille des années Tapie Waddle, Papin et ses papinades.
"Le style de l'équipe comme affirmation d'une identité imaginaire" (Bromberger 1995)
France 1958, Brésil 1970, Pays-Bas 1974, Allemagne 1982

Chapitre 7 Les pratiques sportives féminines

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 7 :
- Pierre Arnaud et Thierry Terret, Histoire du sport féminin, (Deux tomes), Paris, L'Harmattan, 1996.
- Frédéric Baillette, Philippe Liotard, Sport et virilisme, Montpellier, Éditions Quasimodo et fils, 1999.
- Philippe Liotard, "Être belle pour être utile : le discours sur l'éducation physique féminine après 1918", in Pierre Arnaud et Thierry Terret, Éducation et politique sportives, XIXè-XXè siècles, Paris, Éditions du CTHS, 1995.
- Catherine Louveau, Annick Davisse, Sports, école, société : la part des femmes, Paris, Actio, 1991, réédité sous le titre Sports, école, société : la différence des sexes, Paris, L'Harmattan, 1998.
- Christian Pociello, Sports et société, Vigot, 1981.
Et de manière générale les articles de Catherine Louveau, Michelle Métoudi, Nicole Dechavanne, Nancy Midol, Françoise Labridy, etc. disponibles dans les ouvrages collectifs ou les actes des colloques d'histoire et de sociologie du sport.

L'accès des femmes à la pratique sportive ne peut pas être analysé sans prendre en compte les mutations des rapports homme-femme dans la société française depuis la seconde guerre mondiale.


1) La femme ds la société française
Auparavant, le mari est appelé le chef de famille. La femme en dépend au plan légal et civique. Lente évolution des lois :
1907 : autorise une F mariée à conserver la propriété et le plein usage de son salaire
1920 : autorise une F mariée à se syndiquer ss le consentement de son mari
Loi de 1938 donne aux F mariées une capacité légale : elles peuvent saisir les tribunaux.
1946 égalité des salaires
Droit de vote à la Libération. 1944
La France était en effet un des pays occidentaux les plus en retard en matière d'égalité des droits. Finlande 1906, Irlande 1918, Allemagne 1919, E-U et Canada 1920, GB 1928, Espagne 1931, France 1944.
Argument décisif : si l'on accorde le droit de vote aux F alors les prostituées voteront. (Au Sénat!!!) Mais crainte que les femmes (plus pratiquantes) votent pour les partis cléricaux.
Accès à la pratique sportive suppose un changement de mentalité.
Or si 1949, Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir ("On ne naît pas femme on le devient"), 1950 Madeleine Daniélou Livre de sagesse pour les jeunes filles de France : idéal de soumission et de pureté
Au sortir de la 2nde GM le "rôle des F se redéfinissait [...] mais la situation était encore incertaine et confuse"
En 1960 14% de F ds ls professions libérales 3% des postes de direction

2) Résistances au sport féminin avant 1945
Contexte du sport féminin. Pierre Arnaud, "Le genre ou le sexe ? Sport féminin et changement social (XXIè-XXè siècle)"
Avant 1945 : Le sport est dangereux par ses excès. Il est déconseillé aux organismes faibles : les enfants, les femmes.
Il faut protéger la femme des excès du sport. Dangers physiques. Dangers moraux (les penchants des femmes à la séduction).
Mais aussi corps de la femme : la norme, c'est la grâce. Le corps féminin ne peut apparaître souffrant.
En revanche, l'EP féminine répondait à un enjeu social majeur : la régénérescence de la race.
Par l'EP, les jeunes filles étaient préparées physiquement et moralement à leur fonction sociale première : être femme, être mère, tenir le foyer.
Cf. Article de Liotard, "L'impossible spécificité de l'EP féminine"
Dans ce contexte, le sport paraît non seulement inutile, mais dangereux et moralement condamnable (Coubertin, Bellin du Coteau, Hébert)


3) Accès à la pratique sportive
L'accès à la pratique sportive par les femmes peut être interprété comme le note Daniel Denis comme la revanche des dominées.
Cet accès permet en outre de saisir la diffusion des pratiques sportives auprès d'un public de plus en plus large. Et surtout de comprendre les significations collectives attribuées au sport.
Mais entre 1945 et 1960, la pratique physique féminine est assujettie aux symboles de la féminité (grâce, légèreté, élégance). Elle privilégie certaines techniques corporelles connotées socialement comme féminines : la danse, la rythmique, le folklore, la gymnastique...
Double processus : appropriation progressive par les femmes des modèles masculins de la pratique sportive mais significations des pratiques marquées socialement en fonction du sexe.

Rôle du système scolaire :
1964 Garçons Filles
ASSU 200M 65M (25%)
USEP 358M 162M (31%)
UGSEL 67M 63M (48%)
Total 625M 290M (31

1984 Garçons Filles
UNSS 483M 372M (43%)
USEP 529M 457M (46%)
UGSEL 189M 237M (55%)
FNSU 48M 14M (25%)
Total 625M 290M (31%)
En 20 ans progression + 600M (100%)
+ 791M (272%)
En 1964, l'USEP est la 1ère fédé sportive féminine de France devant la FF ski
En 1984 idem devant la FF Tennis
En 1990, la 2è derrière la FF Tennis
Pour les chiffres voir l'article de Lucien Herr dans Sports et société.

Mais ces chiffres ne doivent pas occulter les deux tendances du sport féminin (Catherine Louveau) La 1ère consiste à reproduire le modèle sportif masculin (performance, virilité, maîtrise technique). La 2è se porte vers les gym douces, les pratiques de mise en forme, la GV qui traduit un travail sur la féminité (beauté, ligne, grâce)
Progression dans le modèle sportif aujourd'hui 30% de licenciés
Mais statistique en fonction du sexe ne tiennent pas compte de l'âge. Or - de 16 ans répartition garçons filles à peu près homogène. De +, licenciés - de 16 ans majorité. Natation 80% de F des licenciés de - de 16 ans, athlé 65%
En outre, le nombre de licenciés F diminue avec l'âge.
Enfin, les pratiques sportives sont touchées de manière différente Cf. Arnaud
Ex. Du FB féminin

Pour le reste, secteur commercial (extra-fédéral)
Engouement des gymnastiques de forme ou d'entretien au début des années 80. Ce qui participeraient du mouvement de libération de la F. A propos du culturisme Paris-Match titre en 1980 "Leur dernière conquête, le muscle"
Yves Travaillot (p.54-56 et 62...)
Injonction sociale à plaire à maigrir. Poids des médias et de la presse féminine sur la construction d'un idéal corporel féminin. Corps jeune.
Les magazines de santé jouent sur l'image beau corps corps en bonne santé. Sportive, dynamique, bronzée..

Féminisation différentielle des sports au cours de l'histoire. Ouverture/fermeture des institutions. Résistances
Certaines activités physiques investies de longue date (danses, gymnastiques, équitation)
D'autres rapidement féminisées (sports de glace, natation, athlé)
D'autres très peu féminisés (lutte, boxe, cyclisme, FB, rugby) "conservatoires de vertus viriles" (Pociello). Voir de frédéric Baillette et Philippe Liotard, Sport et virilisme, 1999.
"Orientations sélectives" (Catherine Louveau) La gym n'a pas été féminine de "tout temps" et encore faut-il distinguer les différentes formes (sportive, hygiénique, rythmique et sportive.
Il ne suffit pas que les femmes puissent réglementairement pratiquer une activité pour que s'ensuive une féminisation. Obstacle plus pesants, moins visibles tenants aux attendus sociaux et culturels et bien sûr aux symboliques sportives mais aussi aux symboliques qui portent sur les couples masculin/féminin féminité/virilité.

Sport féminin. Investi par les États en manque de reconnaissance internationale (Ex. De la RDA. Apogée de la virilité féminine)

Chapitre 8 L'éducation physique et les sports

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Bibliographie utilisée dans le chapitre 8 :
- Marianne Amar, "Sport, éducation et redressement national", in Arnaud Pierre, Clément Jean-Paul, Herr Michel, Éducation physique et sport en France. 1920-1980, Clermont-Ferrand, AFRAPS, octobre 1989, pp.119-128.
- Gilbert Andrieu, L'éducation physique au XXè osiècle : une histoire des pratiques, Paris, Actio, 1990.
- Pierre Arnaud, Le Corps en mouvement, Toulouse Privat, 1981
- Pierre Arnaud, "Les rapports du sport et de l'éducation physique en France depuis la fin du XIXè siècle", in Arnaud Pierre, Clément Jean-Paul, Herr Michel, Éducation physique et sport en France. 1920-1980, Clermont-Ferrand, AFRAPS, octobre 1989, pp.251-267
- Bertrand During, La Crise des pédagogies corporelles, Paris, Scarabée, 1981.
- Jacques Gleyse, Archéologie de l'EP au XXè siècle en France, Paris, PUF, 1995.
- Philippe Liotard, "Les enjeux d'une argumentation : autour de la notion de"culture sportive"", in Pigeassou Charles, Entre tradition et modernité : le sport, Actes du colloque "sport, culture et tradition", Agde, 1993.
- Philippe Liotard, "Des jeux aux sports dans l'éducation physique scolaire", in Arnaud Pierre, Terret Thierry (dir.), Éducation et politique sportives. XIXè-XXè siècles, Paris, Éditions du CTHS, 1995, pp.139-148.
- Tréma, "Éducation physique et sportive", n° 8, IUFM Montpellier, décembre 1995.
- Jacques Ulmann, De la gymnastique aux sports modernes. Histoire des doctrines de l'éducation physique, Paris, Vrin, 1971, (1ère édition, 1965).
- Spirales, "Georges Hébert. Autour de l'homme et de l'oeuvre", CRIS, UFRAPS Lyon, n° 9, 1995.
- Spirales, "Une Histoire de l'éducation physique. Enseignements primaire et secondaire, 1880-2000", CRIS, UFRAPS Lyon, n° 13/14, 1998.
- Jean Zoro, Images de 150 ans d'E.P.S. L'éducation physique et sportive à l'école, en France, Paris, Édition Association des enseignants d'EPS, 1986
Aujourd'hui, EP Scolaire est sportive. Ceci est une évidence pour vous qui n'avez pas connu autre chose.
Or cela est une réalité récente. En 1967, les activités sportives deviennent le support privilégié de l'enseignement de l'éducation physique scolaire. Mais durant toute la première moitié du siècle, il est impensable que le sport puisse servir à l'éducation physique de la jeunesse. Nous avons vu que les femmes sont exclues de la pratique sportive. Ce fut aussi le cas des enfants et des adolescents.

Comment en est-on venu d'une éducation physique qui s'opposait au sport ou qui, au mieux, préparait aux sports, à une éducation physique sportive ?

A qui s'adresse l'éducation physique ?
Ecole primaire Scolarité obligatoire jusqu'à 13 ans puis 14 ans sous le Front populaire.
Majorité des élèves scolarisés dans l'enseignement primaire.
"L'EDUCATION PHYSIQUE s'adresse à tous, aux faibles surtout" (Georges Demeny, 1902)
Quelle sont ses fonctions ?
Lutter contre la dégénérescence de la race.
Hygiénique. Lutter contre les attitudes défectueuses. Contribuer au développement harmonieux et équilibré du corps. Développement de la cage thoracique (imaginaire : accroître les capacités respiratoires pour lutter contre la tuberculose).
Contribuer à favoriser les acquisitions intellectuelles. Exercices de gymnastique toutes les fois que le maître constate que l'attention fléchit.
Qualités de l'éducation physique :
Elle est éclectique. Méthode française : exercices de préparation et d'application.
EP préparatoire : la grammaire du geste, l'abc du mouvement. Gammes, alphabet.
Exercice d'application : courir, sauter, lancer, porter, etc. Mais sans recherche de performance.
Pourquoi le sport est-il inconcevable ?
Finalités inconciliables
"La tendance du sport est vers l'excès" Coubertin
Or, l'éducation physique préconise la mesure.
Le sport s'adresse à une élite. Il est pensé comme utile à des individus ayant déjà réalisé leur développement physique. Jeunes adultes.
Critique des médecins sur l'usage du sport qui risque d'endommager les organismes, même s'ils reconnaissent les qualités du sport pour la formation du caractère chez les jeunes adultes masculins.
Dr Bellin du Coteau, inventeur de la notion de méthode sportive, la conçoit pour des individus de 18 ans. Exclusion des jeunes et des femmes.
EP suppose une méthode. Or, le sport n'a pas de méthode. "Il faut méthodiser le sport".
Le sport est dangereux.
Hébert, Le Sport contre l'éducation physique, 1925 : dangers physiques, moraux et sociaux
Sport pur/sport dévoyé
Or, l'éducation (notamment scolaire) ne peut se permettre d'enseigner une réalité dangereuse.
La bascule des conceptions
Baquet. Éducation sportive, initiation et entraînement, 1942
Reconnaissance de ce caractère du sport bonne et mauvaise chose.
"Il faut éduquer les éducateurs."
"Le sport a des vertus mais des vertus qui s'enseignent, dès le plus jeune âge et non après 18 ans par les jeux, formes élémentaires du sport"
Changement d'équilibre
Des techniques sportives, moyens parmi d'autres techniques corporelles, aux techniques sportives support exclusif de l'EP scolaire.
Résistances et Critiques à une EP sportive
Critique de l'exclusivité sportive
Seurin, Erreur de concevoir l'EP sur les sports (jeux). Mais aussi valeurs éducatives du sport discutables (valorisation de l'opposition au détriment de la coopération).
Le Boulch Réduction de se priver d'autres moyens d'EP
Critiques du corps performant
Brohm Reproduction des valeurs du capitalisme
Pujade-Renaud, déni d'autres réalités du corps au détriment du corps expressif

 

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