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Pourquoi le dopage n'existe-t-il
que dans le sport ?
 

Dans notre société, l'amélioration de la performance, se fait de manière légitime dans de nombreux domaines (intellectuels, physiques, monde du travail, armée, etc.). Elle se traduit par la prise de substances visant à améliorer le potentiel, les résultats, ou visant tout simplement à accroître le bien-être.../...  L'optimisation du potentiel de chaque individu se manifeste ainsi par le souci d'accompagner sa vie quotidienne de ce que l'on appelle des stimulants, des compléments alimentaires ou encore par la prise de produits aux vertus euphorisantes (complexes vitaminés, aphrodisiaques, etc.).../...   De même, ce souci se traduit par la volonté d'accéler les apprentissages en vue d'augmenter les compétences de chacun. Ce projet est celui de l'éducation, de la formation en générale, et bien sûr du sport. L'exigence de performance est aujourd'hui présente dans tous les domaines du monde social.
     
Par ailleurs, notre société voit apparaître de nombreuses pratiques visant à modifier volontairement le corps. Nombre de ces modifications s'inscrivent dans une perspective utilitaire (réparatrice, esthétique, normalisante, etc.).../...  Ainsi, la chirurgie dite "esthétique", la chirurgie réparatrice, les régimes amaigrissants, les pratiques de "mise en forme", le body-building, ont en commun de transformer le corps pour le façonner selon des critères liées à l'apparence ou à la fonctionnalité. Seuls diffèrent les moyens.../...   La pratique du sport consiste également à modifier le corps dans un but tout à fait particulier : en accroître le rendement et le rendre plus performant. Les modifications issues de l'entraînement, de la musculation, de la diététique y apparaissent comme des moyens légitimes.
     
Pourquoi, dans le sport, certains produits sont-ils cependant interdits, alors même qu'ils contribuent à atteindre l'objectif ultime de toute compétition sportive (accroître la performance) ? Pourquoi tous les moyens ne sont-ils pas bons, du moment qu'ils participent à la production de performance ?.../...   L'idéologie sportive valorise le résultat, le rendement, la performance. Cependant, elle valorise également l'effort, le sacrifice, le dévouement, la gratuité et le désintéressement. Toute performance ne vaudrait que si elle résulte du travail, du sacrifice et de l'effort librement consentis par les athlètes.../...   Il existe une contradiction entre, d'une part, l'exigence de performance, et par ailleurs, l'idée d'une préparation "saine", "pure", "naturelle". Mais l'illusion selon laquelle le sport est une activité noble, basée sur le fair-play, le respect de soi et de l'adversaire permet de lever cette contradiction, en apparence du moins.
     
Car finalement, tous les arguments visant à condamner le dopage (et par conséquent à en combattre la pratique) se résument à le considérer comme un apport "artificiel" à la préparation du sportif.
Or, le débat sur le dopage ne parvient pas (et pour cause) à établir la différence entre une préparation qualifiée de "naturelle" et l'usage de produits censés accroître "artificiellement" la performance.
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Des produits licites dans d'autres domaines de la vie sociale (tous les produits dopants ne sont pas des produits qualifiés pénalement de stupéfiants) sont donc interdits de séjour dans les sports, tant durant les temps de préparation que dans les moments consacrés à la compétition. Il en est ainsi de nombreux médicaments, utilisés couramment pour soigner des pathologies parfois bénignes.../...   Soumis pour certains d'entre eux à la délivrance d'une ordonnance, ils demeurent interdits aux sportifs, même s'ils leur ont été prescrits par un médecin (malgré la possibilité de faire reconnaître une nécessité thérapeutique toujours livrée à l'exercice du soupçon). Finalement, la pratique sportive impose aux individus qui s'y livrent une attention permanente aux effets de la prise de produits sur la légalité de leur conduite.
     
Là où un chef d'entreprise, un militaire, un chirurgien, un citoyen non sportif agissent sans risque d'enfreindre la loi, l'athlète est confronté à une exigence de pureté qui n'existe que dans le sport. Si la france se distingue par la première place de la consommation des tranquilisants et autres psychotropes, le sportif ne peut participe à ce palmarès sans risquer d'apparaître comme un ticheur. Le dopage n'existe en effet que dans le sport parce que la liste des produits dopants est spécifique au sport... /... Une telle liste se justifie par la volonté de ne pas accroître artificiellement la performance, de ne pas porter atteinte à l'intégrité du sportif et de respecter l'éthique affirmée du sport (voir définitions). Ainsi, recourir à ces mêmes produits ne donne lieu à dépistage ou à interdiction dans aucun autre domaine de la vie sociale. Car l'établissement d'une liste de produits interdits aux sportifs résulte de l'idéal de pureté qui s'impose à eux seuls dans la recherche de la performance... /... Au bout du compte, l'existence du dopage dans le sport est le résultat d'une injonction contradictoire : d'un côté le sportif est engagé dans le dépassement permanent de ses limites, ce qui se traduit au plus haut niveau par la production de performances extra-ordinaires, humainement inconcevables ; de l'autre, il est sommé de répondre à une exigence insoutenable. Celle-ci consiste à rester dans les limites de l'humainement possible, tout en supportant des charges de travail et en recherchant à produire des performances imposant de ne pas respecter ces limites.

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