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L'ÉDUCATION CORPORELLE
Cours de DEUG 2, UFRSTAPS Montpellier, 1999/2000, par Philippe Liotard

Remarque : Le support de cours qui suit répond à une demande des étudiants de 2ème année de DEUG de l'UFRSTAPS de Montpellier. Sa forme est provisoire. Son contenu également. Prochainement, des liens, des références bibliographiques, des pistes de questionnement, des textes seront intégrés pour enrichir ce support. En attendant, toute remarque, toute question sont les bienvenues, ainsi que toute idée visant à rendre le site plus adapté aux attentes de son public.
Pour cela, Ecrivez-moi

Introduction. Thème du semestre : Les transformations motrices.
Le Module 15 traite de ce thème à partir des enseignements suivants
Biologie de la croissance
Neurophysiologie de l'apprentissage
L'éducation corporelle
L'acquisition des habiletés motrices
Développement affectif et moteur

Objectif du cours « Education corporelle » :
Comprendre les mécanismes par lesquels les individus en viennent à se servir de leur corps pour agir dans leur environnement social ; comprendre par conséquent comment ils incorporent les logiques, règles, valeurs et significations sociales de la corporéité.
Il s'agit notamment de comprendre comment ce que nous avons de plus singulier (notre propre corps) est investi dès notre plus jeune âge et tout au long de notre vie par les marques de notre culture, de la société dans laquelle nous vivons et des groupes auxquels nous appartenons.
En définitive, il s'agit de montrer qu'une bonne part des transformations motrices, corporelles et gestuelles qui accompagnent notre socialisation s'inscrivent dans un processus inconscient pour une bonne part, mais tout aussi efficace que les interventions volontaires sur le corps que constituent les sports et les différentes éducations physiques.
Nos façons de bouger, de nous tenir, de nous présenter, nos perceptions du monde et des autres sont corporellement apprises.

Plan du cours :
1 - Corps, culture, éducation
2 - Les techniques du corps
3 - Autour de l'apparence corporelle : modèles et contre-modèles
4 - Masculin ou féminin, le corps au centre de la construction des genres
5 - Les pratiques corporelles ou l'éducation au plaisir.

 

1 - CORPS, CULTURE, ÉDUCATION

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1)L'éducation ou l'action d'une culture sur une nature
a) Remarques sur la notion d'éducation
Ce qui précède permet de comprende que " le corps est une réalité changeante d'une société à l'autre. " et surtout que " le corps n'existe pas à l'état naturel, il est toujours saisi dans la trame du sens. " (David Le Breton, La Sociologie du corps, Paris, PUF, 1992, p. 31 et 36-37)
L'éducation peut se comprendre comme cette apprentissage des significations sociales. Elle possède un double sens. D'abord l'éducation est un processus. Celui par lequel les individus acquièrent une culture. Mais elle est aussi le résultat de ce processus, ce que laisse entendre l'expression " avoir de l'éducation ". Avoir de l'éducation signifie avoir réussi, tout au long du processus éducatif à intégrer les éléments de la culture.
Je passe sur l'approfondissement de la notion même d'éducation qui fera l'objet d'un enseignement au second semestre que vous dispensera Albert Restoin. Je me contente pour ce cours sur l'éducation corporelle de retenir quelques points qui nous permettront de comprendre comment les transformations de la motricité sont aussi l'effet de celles de la corporéité. Les transformations motrices sont une chose en effet. Elles sont présentées comme le résultat d'un apprentissage grâce auquel l'individu parvient à se mouvoir dans son environnement physique au fur et à mesure d'une maturation. Le corps réel est alors convoqué pour expliquer ce qui rend possible aux plans de la biologie de la croissance ou de la neurophysiologie ces transformations motrices. De même, le cours sur, L'acquisition des habiletés motrices doit vous fournir les mécanismes psycho-cognitifs grâce auxquels les individus transforment leur motricité.
Ici, l'éducation corporelle apparaît à un autre niveau, celui des effets de la culture sur la corporéité. Celle-ci est définie par David Le Breton comme un " phénomène social et culturel, matière de symbole, objet de représentation et d'imaginaires. " La corporéité est au centre de la vie quotidienne dans ses dimensions les plus intimes comme les plus publiques. La corporéité peut ainsi se définir comme le rapport que chaque individu entretient avec son propre corps, pour lequel il a intériorisé depuis sa prime enfance des usages, des significations et des normes sociales. (Liotard) Ce qui la caractérise, c'est d'une part le lent travail par lequel elle s'imprime des marques du social et par ailleurs le caractère largement inconscient des processus qui contribuent à la modeler.
Ceci est en effet une caractéristique importante de l'éducation corporelle. Malgré les rites, malgré les projets éducatifs, malgré les apprentissages réalisés sous l'effet de l'environnement humain, l'éducation corporelle échappe pour une bonne part aux individus qui la subissent et qui considèrent comme " naturels " ses résultats les plus habituels. Et c'est justement dans ce caractère inconscient que réside l'efficacité de cette éducation.

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b) Rapports culture et éducation
L'éducation peut donc se comprendre comme l'effet d'une culture sur une nature. Le petit d'homme est en effet le petit mammifère le moins adapté à son environnement. Alors que pour certaines espèces il suffit de quelques heures au nouveau-né pour pouvoir se déplacer et suivre sa mère, le nourrisson est complètement dépendant de son environnement humain. Cela traduit sans doute l'effet d'une évolution de l'espèce humaine. Car elle est une espèce sociale. L'homme est un animal social.
Qu'est-ce que la culture ? Au plan anthropologique, la culture se comprend comme l'ensemble des manières de penser, de sentir et d'agir, partagées par les hommes. Ainsi, les manières de penser le corps, de penser son corps, de sentir son corps ou de ressentir le monde à partir de son corps, de se percevoir et de percevoir autrui, de même que toutes les manières de bouger et d'agir sont marquées par la culture. Elles sont donc le fruit d'une éducation et d'une socialisation.
La culture est le fruit de la transmission de ce qui a été inventé par la succession des générations passées. Définition élitiste. Les meilleures oeuvres. Mais on l'a vu les manières de se tenir de l'élite. Définition anthropologique : ensemble des valeurs, des normes, des idéaux, des techniques, des connaissances, etc.
C'est la raison pour laquelle l'éducation, en tant qu'action d'une culture, ne se réduit jamais à l'apprentissage de quelque chose (d'un texte, d'un geste, etc.). Elle est toujours aussi et surtout transmission de valeurs, acquisition de normes, diffusion de significations. Et elle résulte et s'inscrit toujours dans un imaginaire. Et pour ce qui nous concerne, les imaginaires du corps constituent un réseau extrémement riche qui alimente aussi bien les objectifs (conscients ou inconscients) de l'éducation corporelle que les moyens de sa mise en oeuvre.
Ces deux points précédents (l'inadaptation du nourrison et sa prise en charge sociale et la définition de la ntaure) ont une conséquence majeure pour le cours : la nature humaine est d'être sociale. Rien ne peut donc se faire naturellement. Ou plutôt, toutes les manifestations corporelles se naturalisent précisément parce que le travail du social et de la culture contribuent à les " automatiser ". Les gens agissent d'une certaine manière parce qu'ils sentent que c'est la bonne manière de faire, mais il ne savent pas nécessairement pourquoi. En revanche, ils perçoivent quasiment immédiatement ce et ceux qui n'agissent pas " normalement ".
Élias p. 238-239

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2) Corps et symboliques sociales
Notre corps est ce qui nous est le plus naturel. Il est ce par quoi nous existons et nous percevons le monde. Il ne vient à personne, spontanément, l'idée que son corps puisse être le produit d'un façonnage social. Et pourtant...
Le corps est le résultat d'une éducation et il ne cesse de se transformer tout au long de notre vie. Et cette transformation n'est pas seulement le fruit de son évolution biologique qui va de la naissance à la vieillesse puis à la mort. Cette évolution existe, certes. Et elle est inéluctable.
Cependant, l'objet de ce cours consiste à présenter les significations sociales du corps. Il s'inscrit donc dans une perspective sociologique. C'est-à-dire que l'enseignement que vous suivez s'attache à mettre en évidence comment le corps de chaque individu est traversé par le social, comment il est modelé par la société dans laquelle a vu le jour un petit d'homme.

De quoi parle-t-on quand on parle de corps ?
Jean-Marie Brohm, " Corpus Symbolicum ", Quel Corps ?, n° 34-35, mai 1988, p. 22-40.
Qu'est-ce que le corps ?
- le corps est d'abord un corps réel.
Avant tout, le corps est un objet. Il se définit par sa matérialité. Il est situé dans le temps et l'espace. En ce sens, il est soumis aux lois de la physique, de la chimie, de la biologie. C'est le corps organique, le corps objectif de l'anatomie et de la physiologie. Un corps fait d'os, de muscles, de chair, mais aussi de nerfs, d'organes, etc. C'est un corps substance qui peut être disséqué, manipulé, " un peu comme une chose ". Ce corps réel a des frontières (la peau), il possède des capacités mesurables, des fonctions identifiables (respiratoire, de reproduction, cardio-respiratoire), une identité sexuelle (c'est un garçon, c'est une fille), un âge, etc.
Bref, ce corps réel est une masse de viande dont l'aboutissement est le cadavre puis le pourrissement.
Mais c'est aussi le corps dont il est question dans les cours de Biologie de la croissance, de Neurophysiologie de l'apprentissage.

- Le corps est ensuite l'ensemble de ses produits organiques et productions matérielles
" Cela va des déjections (vomissures, excréments, crachats) aux sécrétions (salive, sperme, morve, transpiration), en passant par les déchets (cheveux, pellicules, ongles, vieilles peaux) et les productions biologiques (lait, foetus, placenta, sang) "
Ces productions naturelles du corps constituent les premiers éléments sur lesquels agit l'éducation. Car elles sont investies de significations. En ce sens, elles jouent un rôle dans la vie quotidienne et rendent compte de la manière dont le corps et ses productions sont au coeur de la vie sociale. Elles jouent un rôle également dans l'imaginaire collectif et surtout elles instituent toute une série de rapports plus ou moins inconscients avec le milieu social.
De nombreuses injonctions ou interdits se rapportent ainsi aux déjections du corps qui jouent un rôle de médiateur avec les autres individus.
Ex. : dans la socialité privée du rôle du pet ou du sperme dans les pratiques amoureuses,
Mais aussi dans la socialité collective (le pet en collectivité, humour gras ou le sperme dans la pornographie ou bien dans l'imaginaire collectif lié à l'angoisse de l'épidémie depuis l'apparition du sida).

- Les rites du corps
Constituent les pratiques qui agissent pour socialiser les individus en agissant sur leur corps. Ces rites structurent les interactions avec notre corps et celui d'autrui. Ces pratiques sont codifiées. Elles sont elles-aussi saturées de fantasmes et de mythes.
Rites d'intégration et d'initiation : le bizutage. Jeu sur le corps des nouveaux ou des novices. Humiliation, exhibition, contraintes corporelles, etc.
Rites alimentaires et sexuels
Rites de marquage et d'identification des corps, etc.

- L'imaginaire corporel
Une théorie du corps est aussi une théorie des fantasmes (constructions imaginaires, rapport à l'inconscient).
Variations autour du corps :
L'intérieur et ses viscères
La surface corporelle et ses orifices
La forme et la plastique (Monstruosités, difformités, modifications, mutilations, cicatrices, etc.)
Le beau et le bon. " on lui donnerait le bon Dieu sans confession "
" Le corps est d'abord une anatomie fantasmatique " Différenciation des parties du corps. Le visage. Bob Flanagan Le corps du christ. Crucifixion
Imaginaire de la performance, imaginaire du corps machinal (réparation, amplification du corps, etc.), imaginaire identitaire (corps et normalité, la norme étant toujours, en matière de corps, une référence imaginaire : rapport à la ligne, au poids, etc.)

- Corps et représentations symboliques.
Le corps est un signifiant, c'est-à-dire qu'il est porteur de significations dans toutes les sphères de la culture : images, peintures, statues, photos, publicités, etc. Il est mis en scène dans la danse, le théâtre, le cinéma, la télévision.
Dans tous ces domaines circulent des représentations du corps plus ou moins schématisées, plus ou moins réalistes.
Ex. des bons et des méchants. Apprentissage chez les enfants à travers les dessins animés. Les méchants sont laids, les gentils sont beaux. Quasimodo par Waldt Disney.
Dans ces cas, le corps apparaît corps comme un objet symbolique ou esthétique.
Les corps sont toujours symbolisés. C'est-à-dire qu'ils acquièrent une signification sociale. Ainsi en est-il du nu ou des rides de la peau, du bronzage, etc.
Cf. Kaufmann, Corps de femmes, regards d'hommes.


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David Le Breton, La Sociologie du corps, Paris, PUF, (" Que sais-je ? "), 1992.
" Les mises en jeu physiques de l'homme relèvent d'un ensemble de systèmes symboliques "
A travers le corps, l'homme s'adresse aux autres par l'intermédiaire de systèmes symboliques qu'il partage avec les membres de sa communauté. Ce partage s'établit grâce à l'éducation et à la socialisation. Ainsi, " émetteur ou récepteur, le corps produit continuellement du sens, il insère ainsi activement l'homme à l'intérieur d'un espace social et culturel donné. "
Intériorisation et reproduction

3) La nature modelée par le social
a) Du nouveau-né à l'individu adulte.
Naissance, enfant = " somme infinie de dispositions anthropologiques que seule l'immersion dans le champ symbolique, c'est-à-dire la relation aux autres lui permet de déployer. "
Effet conjugué de l'éducation et des identifications
Dès sa naissance, le corps du nourrisson est investi par les symboliques sociales. "C'est un garçon ou c'est une fille. Il est beau..."
Apprentissage des significations sociale est à la base de la structuration psychologique.
Puisque l'éducation a un double but - déraciner le mal et planter le bien -, les parents doivent commencer à éduquer leurs enfants dès la petite enfance dans la plupart des religions.
Les religions précisément jouent sur l'éducation corporelle en prononçant les interdits portant sur le corps (liés à la sexualité par exemplet) ou en exhortant aux devoirs envers son propre corps (devoir de propreté par exemple)
Dans l'Islam, cela passe par exemple par l'apprentissage des notions d'hygiène et de propreté aussi bien corporelle que rituelle, comme l'"istindjâ" (la façon de se purifier après avoir satisfait ses besoins naturels), le "woudhou" ou le "ghousl".
Dès la plus tendre enfance, il s'agit dans l'acte éducatif de valoriser les bonnes habitudes et de combattre les mauvaises.
Par les commentaires qui accompagnent les comportements, l'éducation réalise la connotation des manières de faire rapportées à des codes sociaux le plus souvent implicites.

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b) "Comment peut-on être civilisé?"
Norbert Élias, La Civilisation des moeurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973.
L'éducation des enfants se fait en conformité avec des modèles. Norbert Élias a montré comment depuis la Renaissance, le processus de civilisation s'est attaché à imposer sur les fonctions naturelles les marques de la société.
Cet auteur s'est demandé " comment peut-on être civilisé ? ". Pour répondre à cette question, il s'est attaché à observer comment la notion de civilité est apparue en Europe occidentale et comment elle s'est imposée comme référence à propos des bonnes manières de se tenir et d'agir en société. Cette civilité correspond à la manière dont la société de cour a construit les traits caractéristiques des comportements lui permettant de reconnaître ceux qui en sont de ceux qui n'en sont pas.
Norbert Elias trouve un point de départ très précis à ce qui va provoquer une certaine unité européenne des façons de vivre dans le monde de l'aristocratie et de la bourgeoisie. Pour lui, c'est le traité de civilité publié par Erasme en 1530 (De civilitate morum perilium) qui va progressivement devenir la référence en matière de bonnes manières. Ce traité connaît un succès foudroyant. Plus de 130 tirages dont seize au XVIIIè siècle. Il est traduit en anglais, allemand, tchèque, français, etc.
Quel est le sujet de ce livre ? Il est on ne peut plus simple : il s'agit d'orienter les comportements de l'homme en société ou plutôt d'éduquer aux manières de la " bonne " société. Il se propose d'enseigner le savoir-vivre aux jeunes gens.
Or, les marques de ce savoir-vivre se manifestent par l'externum corporis decorum, qui peut se traduire par les " convenances extérieures du corps ". En clair, la bonne éducation, le savoir-vivre, les bonnes manières correspondent à un apprentissage corporel grâce auquel les individus vont se classer, se situer dans la hiérarchie sociale. Ceux qui sauront mettre leur corps en conformité avec les règles formulées par Erasme porteront sur eux les marques de la distinction, de la prestance, bref, de ce qu'on peut appeler la " classe ",...
Les autres, ceux qui ne se comporteront pas selon ces prescriptions seront considérés comme des barbares ou comme des individus " peu civilisés ". Ce modèle d'éducation corporelle contribue donc en négatif à stigmatiser les " classes populaires ". Le peuple, en effet, celui des villes comme celui des campagnes apparaîtra dès lors comme frustre, sale voire vulgaire.
" L'attitude du corps, les gestes, les vêtements, l'expression du visage, tout le "comportement extérieur" que le traité détaille est l'expression de l'homme dans son ensemble. "
Toutes les manifestations corporelles sont ainsi détaillées. Et les pratiques les plus quotidiennes sont alors mises en forme. L'enjeu consiste à chasser les mauvaises habitudes. Et finalement, il s'agit d'imposer à l'enfant des contraintes de plus en plus éloignées des attitudes les plus spontanées. Erasme, dans le Traité, s'applique ainsi à faire le tour des situations de la vie sociale et mondaine. Et il parle, avec naturel des choses les plus élémentaires comme des problèmes délicats des rapports humains. Il parle avec naturel, c'est-à-dire qu'il appelle un chat un chat, et de la morve de la morve. Et l'impact de ce naturel scandalise autant que vous dégoûte l'évocation des vomissures à l'approche du repas. Mais s'il scandalise, il contribue surtout à éduquer les individus aux usages légitimes du corps dans toutes ses dimensions.
Le premier chapitre traite ainsi de " l'aspect décent et indécent de toutes les parties du corps "
Le deuxième des " soins corporels "
Le troisième " du maintien à l'église "
Le quatrième " des banquets "
Le cinquième " des réunions "
Le sixième " des jeux "
Le septième " de la chambre ".
Tous ces problèmes permettent à Erasme d'orienter la notion de civilité qui va se diffuser et devenir le modèle de référence des strates sociales dominantes. Ainsi vont se mettre en place les seuils de ce qui est acceptable ou tolérable en société, mais aussi dans l'intimité. Erasme, en effet, détermine les comportements sociaux légitimes. Ce n'est pas la première fois que sont exprimés les manières convenables de se comporter en société. Dans toutes les sociétés précédentes, les hommes ont eu à se conformer à des façons correctes de se servir de leur corps. Mais Erasme introduit celles qui fondent notre rapport actuel à la corporéité, c'est-à-dire à notre rapport au corps socialement construit.
Et surtout, il s'adresse aux enfants, alors que la plupart des traités de bonne conduite étaient jusqu'alors formulés pour les adultes. Les règles ainsi établies contribuent ainsi à définir les " normes corporelles ", c'est-à-dire les manières considérées comme " normales " ou " naturelles " de se comporter. Or, nous le voyons, il n'y a là rien de naturel, mais bien au contraire un long apprentissage social qui modèle nos perceptions de la corporéité depuis maintenant plus de quatre siècles. Les règles de la courtoisie, celles de ce qu'on appelle la convenance, élaborent les normes de comportements.
Le succès de la diffusion mais aussi de l'utilisation du De civilitate morum perilium comme manuel d'éducation des garçons prouve qu'il répondait à un besoin social et qu'il présentait les modèles de comportement conformes à son temps, modèles qu'exigeaient les couches dirigeantes de la société.
Finalement, ce Traité symbolise le corps légitime ou plutôt les usages légitimés du corps par la société. Et il condamne les moeurs paysannes, vulgaires, brutales. Le savoir-vivre devient non seulement une manière de se comporter mais va fonder les relations sociales.
D'où par exemple la nécessité de bien se présenter pour l'obtention d'un emploi. Difficulté pour ceux qui n'ont pas incorporés les usages légitimes du corps, la tenue vestimentaire mais aussi le langage, le vocabulaire, la syntaxe, mais également la manière de parler. Jeunes des cités en difficulté car ils portent en leur corps une culture qui est celle des dominés.
Savoir marcher devient un élément de distinction qui permet au gentilhomme ou à l'homme respectable de se distinguer de la plèbe : " un gentilhomme ne doit pas courir dans la rue ni se précipiter, ce qui est le propre d'un laquais ou d'un homme peu noble... mais il ne faut pas non plus marcher trop lentement comme une matrone d'âge mur ou une jeune mariée. "
Manger
Ne pas se servir ni choisir, ne pas se gratter ni manger avec ses doigts, etc. ne pas parler la bouche pleine
p. 150 et suivantes
Ritualisation de la vie quotidienne Trois phases p. 153

Se moucher, Cracher, Uriner, Péter
A propos des fonctions naturelles, les manuels de savoir-vivre traduisent une évolution du seuil de la pudeur. L'objectif de ces traités consiste précisément à inculquer des sentiments de pudeur.
P. 81, p. 212
Cracher (p. 223 et suivantes). Aujourd'hui, le fait de cracher se retrouve dans les sociétés africaines ou asiatiques. Ce spectacle choque souvent les Européens qui y assistent et qui l'assimilent à un manque de propreté. Or, il y a moins de quatre siècles, l'habitude de cracher était tout aussi répandue et " naturelle " en Occident .
Elle va être jugulée par les traités de civilité mais aussi par la peur que du crachat se diffusent des maladies. Mais la peur de transmettre les agents pathogènes n'est pas la cause mais l'effet de la maîtrise de soi qui se diffuse de la Cour et de ses courtisans aux classes moyennes puis aux classes populaires. En fait, cracher, " cela ne se fait pas ", par respect surtout. Et ce n'est que sur cette injonction que va se greffer la peur de la maladie pour renforcer l'interdit social.
Dormir (p. 232)
Le contrôle social du sommeil se fera par la désignation d'un lieu : la chambre à coucher. Elle est devenu sous l'effet de la civilisation " une des enceintes les plus "privées", les plus "intimes" de la vie humaine. Comme la plupart des fonctions corporelles, le sommeil s'est retiré "derrière les décors" de la vie sociale. "
Aujourd'hui, la " famille restreinte " demeure le seul espace social au sein duquel cette fonction corporelle, comme d'autres, est censée légitimement s'accomplir. Cette famille avec son lieu d'habitation propre soustrait " aux yeux des autres hommes les aspects les plus "privés", les plus "intimes", les plus "animaux" de l'existence humaine. "
La nudité notamment était considérée comme naturelle jusqu'au XVIè siècle. Et, au même titre que la fourchette ou le mouchoir, l'invention du linge de nuit, d'une " toilette de nuit spécialisée " (la chemise) est " un symbole de la transformation décisive qui s'est opéré [dans] la sensibilité [de l'homme] à l'égard de tout ce qui touche au corps. " (p. 235)
" La motivation de la maîtrise des pulsions à laquelle on invite l'enfant, par l'omniprésence des anges est tout à fait caractéristique à cet égard. " Voir ex. p. 186
Commentaire :
Ce qu'il faut retenir, c'est d'abord qu'il ne faut pas se retenir. " Les narines doivent être libres de morve ", " Il est mauvais pour la santé de retenir l'urine ", Tout l'art des convenances corporelles consiste à répondre à ses besoins naturels sans que cela ne perturbe quiconque ou, mieux, sans que quiconque ne s'en aperçoive.
L'éducation des fonctions corporelles est avant tout destinée à adopter des comportements socialement acceptables. Il n'est donc pas envisageable de tomber malade au seul prétexte d'avoir voulu respecter les règles de préséance. C'est ce qu'Erasme signifie quand il affirme : " il est mal d'attraper une maladie en voulant être poli ". Ce qui doit être fait pour que le corps fonctionne et conserve la santé doit simplement être masqué.
L'efficacité de ce travail du social sur le corps des individus provient de l'intériorisation par chacun des règles à adopter en société. Les arguments apportés aux enfants et aux jeunes gens les amènent progressivement à exercer un auto-contrôle sur leur propre corps. Ces arguments évoluent historiquement. Mais longtemps, ils utilisent la culpabilisation. " Quand la nécessité l'y contraint, il doit le faire avec décence et retenue, même s'il n'y a pas de témoins. Car les anges sont toujours présents. " L'enfant ou le jeune homme est toujours vu, y compris quand il croit être seul. Et il est vu par ceux qui entretiennent avec Dieu des relations privilégiées : les anges, le petit Jésus, la Vierge Marie, et bien sûr, Dieu lui-même qui, comme chacun le sait, est partout.
Un autre argument réside dans les motivations hygiéniques. " L'instrument de conditionnement est le rappel des dommages pour la santé que "de telles habitudes" peuvent causer à la longue. " (Élias, p. 214)
Enfin, les jugements portés sur les habitudes des enfants ou celles du peuple se justifient par le désagrément qu'elles peuvent apporter à autrui qu'elles peuvent gêner ou incommoder. Mais le travail de la civilisation va entraîner à rejeter ces habitudes comme telles, sans plus de références à autrui. Elles deviennent en quelque sorte " naturellement " mauvaises. " Cette nouvelle méthode permet un refoulement plus radical des manifestations pulsionnelles et des tendances considérées comme socialement indésirables. On les charge d'un coefficient de gêne, d'angoisse, de pudeur ou de culpabilité qui a pour effet que l'homme les évite même quand il est seul. Ce que nous désignons par les termes de "morale" ou de "motivation morale" assume, à un certain niveau social, en tant que moyen de conditionnement des enfants, la même fonction que "l'hygiène" et les "motivations hygiéniques" : le recours à de tels moyens vise simplement à obtenir l'attitude sociale désirée par une sorte d'automatisme, d'autocontrainte. " (Élias p. 214)
Ce travail d'intériorisation par l'individu du " schéma des exigences sociales " notamment en ce qui concerne les fonctions corporelles est au coeur du dispositif éducatif, au point qu'il fonde notamment la psychanalyse.

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2 - LES TECHNIQUES DU CORPS
Michel Bernard, Le Corps, Paris, Jean-Pierre Delarge, 1976
David Le Breton, Corps et sociétés, Paris, Librairie des Méridiens, 1985
Georges Vigarello, Une Histoire culturelle du sport. Techniques d'hier, techniques d'aujourd'hui,
Marcel Mauss, " Les Techniques du corps ", Sociologie et anthropologie, Paris, P.U.F., 1950

Le corps est au centre de la socialité. C'est ce qui amène Le Breton à parler de " socialités corporelles ". Tout comportement en effet peut se comprendre comme un ensemble significatif de manifestations corporelles. Ces manifestations " ponctuent à chaque instant la vie du sujet " (Le Breton). Elles se caractérisent par leur inscription dans un ensemble de conventions sociales que les individus reproduisent sans en avoir conscience.
Parmi ces manifestations, il y en a qui relèvent de ce que le sociologue français Marcel Mauss a appelé les " techniques du corps ". Celles renvoient à des gestuelles codifiées en vue d'une efficacité pratique ou symbolique.
Etude commentée du texte de Mauss :
1934, publié en 1936

Grandes étapes de l'acquisition des TdC :
1 la petite enfance et l'enfance. Vu avec Elias, l'acquisition des façons de se servir de son corps s'inscrivent ds un système de normes culturelles (règles de savoir-vivre). L'ducation commence par le corps. Et cette éducation est le résultat d'une foule de petits détails quotidiens qui permettent à l'enfant d'apprendre les bonnes manières de se tenir, de se comporter, d'entrer en communication.
Boltanski, " Prime éducation et morale de classe ", c'est dans la petite enfance que l'enfant intériorise les règles du rapport au C de son groupe social d'appartenance. C'est à cette époque que se met en place l'habitus corporel. Habitus, terme introduit par Mauss, traduit l'acquis, la faculté d'user de son C d'une certaine manière. Les techniques ainsi acquises sont le résultat de la " raison pratique collective et individuelle " (Mauss).
2 Techniques de l'adolescence :
Moment fort de l'entrée dans la vie. Grand mmt de l'éducation du C, celui de l'initiation. Marquage sexuel des usages du C. Rites d'initiation, l'enfant mâle entre dans la société des hommes. Rites, mise en scène, symboliques.
Pour les filles, elles sont " à l'école de leurs mères ". Rites de passage moins stricts. Plus progressif.
Société occidntales, Valorisation du groupe des copains, la bande, le quartier... Logiques identitaires par lesquelles l'adolescent affirme son détachement du monde de l'enfance et son désir de marquer son autonomie / adultes Choix d'un look, adoption d'une gestuelle, etc. Influence des autres significatifs, ceux dont l'autorité est reconnue et qui ne sont plus les parents.

acquisition des techniques du corps est très formalisée, intentionnellement mise en oeuvre par l'entourage de l'enfant ou de l'adulte. Il existe d'ailleurs des " spécialistes " de cette éducation (instituteurs, psychomotricien, ergothérapeute, aînés, entraîneurs).
" montage miniature des gestes " (Le Breton) " dont la simplicité apparente dissimule souvent le temps et la difficulté qu'il a fallu pour les assimiler ".
" la vie quotidienne est tissée dans la répétition d'une infinité de ces techniques corporelles "
" ritualité des actions corporelles " qui rythment une journée (se raser, s'habiller, fumer, conduire une voiture, une moto, jusqu'aux gestes de l'intimité, de la tendresse, de la sexualité, les techniques sportives, d'écriture)
Répétition des mêmes gestes efficacité contre l'angoisse du temps qui passe.
Reproduire les mêmes gestes pour occuper le temps. Gestualité de contenance.
Techniques utilitaires. Savoir-faire, tour de main de l'artisan, de l'artiste.
Techniques de virtuosité (cirque, sport) Fonction imaginaire importante : faire rêver les spectateurs, repousser les limites du corps. Mais aussi désir sadique de voir les techniques se révéler inefficaces. Accident, mort.
" La mémoire d'une société c'est aussi celle de ses gestes ". (Le Breton)

La sexualité et les techniques qui l'accompagnent s'inscrivent dans cette mémoire, y compris si dans notre société cela participe d'une mémoire de l'intime.
Kama Sutra manuel de savoir-vivre pour les jeunes filles de la bonne société indienne. (Analogie avec le traité d'Erasme : consiste à transmettre les "bons usages" du corps, y compris en ce qui concerne les usages liées à la recherche du plaisir corporel.)
Les Occidentaux n'en ont retenu que les " techniques de baise " dans un souci d'efficacité et de performance sexuelles.


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3 - Autour de l'apparence corporelle : modèles et contre-modèles

Apparence corporelle : " le corps et les objets portés par lui, le corps, sa présentation, sa représentation, c'est-à-dire l'ensemble des caractères physiques constants ou variant lentement (poids, taille, traits du visage), d'attitudes corporelles (postures, expressions, mimiques) et d'attributs (habits, coiffures, maquillages, accessoires) " Michèle Pagès-Delon, Le Corps et ses apparences. L'envers du look, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 9-10.
Apparence corporelle " est au centre des interactions sociales de la vie quotidienne, que celles-ci soient de simples mises en présence physiques anonymes (dans la rue, les lieux publics, les transports, etc.) ou des rencontres effectives (amicales, professionnelles, etc.). " Michèle Pagès-Delon, Le Corps et ses apparences. L'envers du look, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 10.
Ces interactions sont soumises à un code social normatif, à un ensemble de règles culturelles où le corps prend valeur de signifiant (d'après Picard, Du code au désir, le corps dans la relation sociale, Paris, Dunod, 1983)
Ce code des apparences fournit des figures stéréotypiques de référence : la femme cadre, la prostituée, le lascar, la zoulette, le stapsien

Recherche de l'excellence corporelle. (" système de pratiques, de représentations, de normes et de valeurs instituant une hiérarchie de celles-ci et constituant le résultat corporel à atteindre, ou tout au moins à approcher." Michèle Pagès-Delon, Le Corps et ses apparences. L'envers du look, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 12

Apparence corporelle est à la fois une construction sociale et création individuelle, un résultat et un enjeu.

Pratiques de mise en forme de l'apparence corporelle, de sculpture du corps : bénéfices symboliques du jeu des apparences. L'habit fait le moine.
Modelage du corps, transformations corporelles.
Modifications corporelles

Primitifs modernes (Fakir Musafar): émiettement des références corporelles. Combinaison des modèles (corps occidental et corps exotiques ou ancestraux).

Régimes amaigrissants et exercices physiques : la dictature de la silhouette. Du modèle au devoir. Finesse, modèle de santé, de plaisir de bien-être impose un devoir-être-mince et en même temps création d'une culpabilité sociale. Injonction de paraître véhiculé par les médias.

Body-building et sport : modèle du corps extraordinaire, corps performant. Exacerbation d'une des caractéristiques de la virilité : le muscle. Athlètes femmes marquage du corps des parures de la féminité pour estomper les modifications anatomiques. (Baillette, "La mâle-donne sportive", dans Sport et virilisme, Editions Quasimodo et fils, Montpellier, 1999).
Ici les transformations motrices ne sont pas analysées du point de vue des mécanismes de transformation mais de celui des significations qu'elles revêtent socialement et donc des significations que les individus attribuent aux pratiques auxquelles ils s'adonnent.

Transexualisme : quitter une norme pour en retrouver une autre. Devenir femme ou devenir homme. Effacer l'ancien corps. Enjeu de l'opération.
Nouveaux modèles qui revendiquent l'androgynie (être homme et femme) : cyborgs, effacement volontaire des signes anatomiques de la différence sexuelle...


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4 - Masculin ou féminin, le corps au centre de la construction des genres
Intro sur l'actualité : le, 01-12-1999, journée mondiale de lutte contre le SIDA. Au centre des préoccupations : distribution mondiale des thérapies. Les médicaments existent mais en Afrique, 7500 personnes meurent chaque jour du sida. De plus, mutations du virus qui s'adapte aux thérapies. Enfin, effets secondaires très lourds des thérapies efficaces.
Enjeu : éduquer les jeunes à des pratiques sexuelles protégées. Comment éduquer sexuellement la jeunesse ?
- Par l'Instruction, c'est-à-dire transmission de connaissances sur le corps humain. Connaissances anatomiques sur le corps masculin et féminin. Connaissances sur les voies d'entrée du virus. Muqueuses : perméabilité (Voies d'accès). Sperme et sang, véhicules du virus. Connaissances sur les questions de la contraception et sur celles de la prévention. Confusion. Pilule (contraception), préservatif (contraception et prévention du sida et des MST).
- Par la Familiarisation aux techniques du safe-sex (sexe sain). Usage de la capote. Comment la placer. Connaissance du corps. Mais aussi adoption de nouvelles manières de se servir de son corps au sein d'une relation chargée de symboliques, d'affectivité et d'imaginaires. D'où la nécessité d'une éducation. Transmission de valeurs, de normes, d'idéaux, visant à l'adoption de comportements légitimes. Aujourd'hui, il est légitime d'avoir des rapports protégés (enjeu de santé publique).
Messages de prévention. Jouer sur les comportements, mais aussi sur les valeurs et les significations qui organisent les rapports hommes-femmes.
L'éducation à la sexualité, vecteur de la reproduction de la domination masculine.
L'éducation à la sexualité constitue le domaine sur lequel s'exerce le plus fortement mais aussi le plus insidieusement la contrainte sociale. Car elle s'appuie sur les phénomènes identitaires par lesquels tout individu se situe dans une des deux catégories sociales les plus cloisonnées : le masculin et le féminin. Les injonctions sociales contraignent les sujets à se reconnaître femme ou homme.
a) Construction sociale du féminin et du masculin.
Le genre se construit socialement alors que le sexe est donné biologiquement (dans la majorité des cas). Injonction à se comporter comme une fille ou comme un garçon en fonction de son sexe biologique.
Jeux et imaginaires enfantins.
Valeurs différenciées en fonction du genre.
Femme, belle, d'apparence féminine, en quête de l'amour unique (un jour mon prince viendra ; ils se marièrent et ils eurent beaucoup d'enfants...).
Homme, fort, courageux, protecteur, guerrier.
Conséquence sur le caractère. Ne pas être une poule mouillée, une gonzesse ou ne pas être un garçon manqué.
Avec l'imaginaire enfantin se construit l'apprentissage des rôles sociaux.
Mais se construisent aussi les critères de la virilité et de la féminité.
Féminité. Longues robes, cheveux longs, bijoux, Princesse. En quête de l'amour qui ne peut venir que de l'homme qui l'aura sauvé ou protégé. Usage des techniques du foyer. Blanche-Neige qui range la maison des 7 nains, Cendrillon.
Corps de rêve, petits pieds (Cendrillon, pieds fins). Mensurations de Lara Croft (90 D, 60, 90). La femme est belle. D'une beauté stéréotypée (Barbie)
Virilité (musculature apparente, aventure Indiana Jones, bricolage Mike Gyver, violence Léon, justicier Zorro, solitaire).
Importance de la fiction. Dessins animés, feuilletons et films, pornographie 'Richard Poulin), clips vidéos...

b)Apprentissage des comportements sexuels
Imaginaires érotisés du corps. Les enfants ne sont pas des êtres de désir. Le corps est désérotisé. Pas de prise en compte de la sexualité... jusqu'au moment où les premières relations sexuelles deviennent possibles.
Tabou de la sexualité des mineurs. Campagnes d'information. Planning familial. Prescription de la pilule sans l'autorisation des parents. Débats pour l'IVG.
Pourtant anatomie érotique du corps. Les seins et les fesses, visibilité de l'érotisation du corps.
le sexe mâle et ses Imaginaires sexuels. Frédéric Baillette,
Homme conquérant, performant.
Trois dimensions de la réalité humaine se retrouvent dans la sexualité. Réalité biologique, réalité psychologique, réalité sociologique.
Domination masculine se retrouve dans l'acte sexuel. Prendre, se faire prendre. Les techniques du corps employées dans les relations sexuelles sont connotées en fonction de la répartition sexuée des rôles sociaux. Faire l'homme, faire la femme.
Imaginaires pornographiques, Richard Poulin p. 28, def p. 33 et 34 Virilité, p. 34 puis appropriation sexuelle des femmes p. 53
sport et ses imaginaires Sport et virilisme. Sport, outil de reproduction de la virilité. Virilisme, idéologie de la virilité qui réaffirme le pouvoir des hommes sur les femmes en vertu des caractéristiques physiques (force).

c) Morale sexuelle et éducation
La morale et la normalisation des moeurs sexuelles.
Pratiques sexuelles légitimes et pratiques déviantes. Le tabou et l'interdiction du possible. Homosexualité. Inceste.
L'orgie, l'échangisme, etc.
Sida et homosexualité. Prise de conscience identitaire.
Sida et pluralisme.

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5 - Le corps normalisé : apprentissage du plaisir et transformations corporelles

1) De l'apprentissage social du plaisir corporel
a) le plaisir comme indicateur de la réalité humaine
Nous avons vu que le plaisir s'inscrit dans un réseau de significations sociales. Le plaisir physique, notamment le plaisir sexuel, est différent selon les appartenances sexuelles. La question du plaisir illustre tout à fait la triple composante de la réalité humaine (l'espèce, l'individu, la société).
La différence dans l'accès au plaisir est liée à la fois
- aux réalités physiologiques.
- aux réalités individuelles (histoire singulière, personnalité, psychologie)
- aux réalités sociales (différences des significations entre les genres ; injonctions sociales à jouir différemment selon que l'on est un homme ou une femme)
Plaisir prend son sens avec l'entrée dans l'âge adulte. Adolescence : moment des transformations anatomiques et hormonales qui vont rendre possible le plaisir mais aussi moment de l'apprentissage des significations sociales. Intériorisation des stéréotypes de genres (le masculin et le féminin).

b) Plaisir corporel et transformations motrices
Plaisir corporel ne se réduit pas au plaisir sexuel, même s'il en constitue la forme la plus recherchée.
Il existe d'autres plaisirs liés à l'acquisition de techniques du corps. Savoir se servir de son corps d'une certaine manière.
c) Les pratiques corporelles ou l'éducation au plaisir.
L'éducation ou le déni du plaisir. L'éducateur reçoit pour mission de faire le bonheur de l'enfant. Mais pour cela, il exerce des contraintes qui visent de faire renoncer l'enfant au plaisir. Pour son bien, il contraint l'enfant à apprendre comment accéder à un plaisir noble où jouer devient une récompense. Le plaisir revient à celui qui le mérite.
Éducation physique et plaisir. Plaisir jamais une fin. Au mieux, un moyen pédagogique. Le plaisir n'a pas de place à l'école si ce n'est pour aiguiller l'attention des élèves.
Techniques sportives. Des techniques du corps au techniques sportives. Efficacité pratique et symboliques.
Sport, une manière singulière de se servir de son corps. Apparition récente et valorisation de la performance. Ex. Du modèle sportif et de la natation.
Apparition des techniques sportives liées à la codification des sports. Ecriture du règlement. Techniques sportives constituent la meilleur façon d'être efficace
Le sport comme apprentissage d'un plaisir légitime. Plaisir dans l'effort, dans la douleur (ce qui sera développé peu après).
Plaisir d'un corps performant. Plaisir viril.
Transformations motrices sources de plaisir. Mais pas nécessairement d'un plaisir ressenti. Plutôt d'un plaisir lié au progrès, à la valorisation et à la reconnaissance sociales. Passage de grades.
Apprentissage sportif = apprentissage des normes sociales. Canalisation de la violence certes. Caractère éducatif du sport tient à cette transmission de valeurs (ex. du respect de l'adversaire dans le cadre institutionnel. Discours de justification). Acquisition de techniques de combat est aussi un apprentissage de techniques d'agression ou de baston.
Repousser les limites du corps. Dans les sports, mais aussi dans les pratiques corporelles les plus diverses. L'homme le plus percé du monde (à Cuba), réinvention du sens des pratiques corporelles traditionnelles (percing). Mais aussi caractère de la performance corporelle lié à notre civilisation. Yogi indien qui se suspend des poids au pénis vise à se mortifier, à contrôler son désir, ses instincts sexuels. Dans notre civilisation, performances extrêmes vont dans ce sens (Bob Flanagan, Supermasochiste, être celui qui s'inflige les tourments physiques les plus douloureux. Mais aussi les nouveaux performers qui vont se suspendre les poids les plus lourds au sexe, au sein, etc. qui vont s'implanter les implants les plus gros, les plus durs, etc.)
2) De l'illusion de normalité aux transformations corporelles
Le poids des conventions sociales à l'origine des pratiques corporelles.
Idéal de normalité. Corps idéal et fantasme de la transformation
Modelage du corps et pratiques corporelles.
Body-building : construction du corps. Imaginaire de la virilité. Exacerbation des critères de la virilité. Hyper développement musculaire. Recherche de l'hypertrophie. Recherche de la brûlure. Recherche de la douleur. Plaisir dans la douleur.
Avoir mal fait du bien. Satisfaction liée à la capacité de supporter des charges de travail de plus en plus lourdes.
Relation sado-masochiste entre l'entraîneur et ses athlètes. Plaisir sadique d'imposer une souffrance toujours justifiée par les exigences de résultat. Plaisir masochiste d'accepter cette douleur, de la supporter, de la repousser.
Pratiques de mise en forme. Fitness. Différenciation sexuelle des pratiques. Centration sur les parties érotisées du corps. Femmes Abdos-fessiers, Hommes, musculation, pectoraux, biceps. Transformation du corps en vue d'en accroître la visibilité pour autrui. Montrer que l'on est un, homme, un vrai. Afficher que l'on est une femme, une belle!
Injonction à posséder la ligne. Faire le poids (pour les hommes), éliminer les kilos superflus (pour les femmes). Obsession de la balance. Régime, activité physique, etc.
Rentrer dans la norme. Contradiction : les personnes qui pratiquent ces activités sont déjà des personnes qui sont proches de la norme corporelle. Corps imaginaire, idéal social du corps.
Aboutissement de cette logique : transformations chirurgicales. Chirurgie esthétique, chirurgie normalisante. Normalisation des corps. Normalisation des apparences. Normalisation des fantasmes. Poupées siliconées.
Rééducation. Restaurer les capacités normales. Réparer le corps.
Fascination de la beauté qui est aussi une fascination de la normalité. Impérialisme des modèles esthétiques du corps. Maisonneuve et Bruchon-Schweitzer, p. 85.
Conclusion
La corporéité comme inscription sociale des corps. Le corps est un complexe de significations par lequel les individus appréhendent le monde et agissent dans le monde.

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