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de la performance sportive pour les personnes handicapées ? |
| Cette partie du cours
a pour but de s'intéresser au phénomène
du handicap et d'observer les relations qu'il entretient avec
la performance sportive. Le développement s'inscrit toujours
dans une perspective anthropologique, c'est-à-dire qu'il
ne s'agit pas de questionner la notion de handicap en elle-même
mais de mieux comprendre à travers elle la spécificité
de notre culture. On peut dire que d'une certaine manière,
le handicap constitue un point d'achoppement, un obstacle à
la modernité (au progrès, à la performance).
En cela il renvoie à l'imaginaire de la mort../... |
Car avec le handicap,
nous sommes face à une «irruption accidentelle du
réel» (Clément Rosset, L'objet singulier,
ed de Minuit, 1979, p.41). Avant d'être confronté
au handicap, nous possédons un certain nombre de représentations,
résistantes, éprouvées, solides du monde
qui nous protégeaient et là, une réalité
indésirable s'offre à nous. Le handicap nous remet
en cause comme être individuel et normal et rend impossible
la possibilité de se projeter dans le regard de l'autre.
L'infirmité nous atteint dans le besoin que nous avons
de ne pas être incompris, étranges, étrangers,
bannis à nos yeux et aux yeux des autres.../... |
Les personnes handicapées
nous renvoient à la peur fondamentale de la différence.
Il faut les oublier, s'en débarrasser réellement
ou symboliquement. Le handicap remet en cause aussi les valeurs
de la société : ses références,
ses normes, ses valeurs ne fonctionne plus. La force, l'astuce,
la santé, la forme.... La performance ne peuvent plus
servir de modèles. Mais de quoi parle-t-on lorsque l'on parle de handicap ? |
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| Tout d'abord, il importe
de dire que le handicap est une construction culturelle. L'infirmité est une dimension présente dans toutes les sociétés. Là où il y a un groupe humain, il y a des individus "abîmés" de naissance ou à la suite d'un accident de leur existence (travail, guerre, maladie...). Mais s'il existe une infirmité «biologique» ou génétique, il faut aussi se rendre à l'évidence que cette infirmité donne lieu des traitements différents selon les sociétés. On ne s'occupe pas des handicapés de la même manière en Asie ou en Afrique, dans un pays à tradition catholique et un autre à tradition islamique, dans un pays riche ou un pays pauvre, etc. Par exemple dans notre société, il est admis qu'une manière de prendre en charge les personnes handicapées consiste à leur faire faire du sport. .../... |
Et s'il existe des
traitement différents du handicap et des personnes handicapées,
c'est aussi parce qu'au niveau symbolique, elles ont des statuts
différents. Dans la tête des gens, ça n'a
pas la même signification d'être handicapé
selon la culture dans laquelle ils vivent. Cela résulte
d'une combinaison d'apports divers faits de représentations,
d'idées reçues d'images, de croyances... Mais les
personnes handicapées sont à la fois objets et
sujets d'enjeux sociaux et d'intérêts précis.
Les lois sont toujours le fruit d'événements politiques,
et résultent de luttes syndicales ou associatives. Il
n'y a donc pas d'entités homogènes sous lesquelles
on pourrait rassembler les personnes qualifiées d'«handicapées».
La notion de handicap évolue ainsi constamment dans les
usages comme dans les représentations, en fonction de
l'histoire et varie en fonction des cultures et des groupes sociaux.../... |
Dans l'Antiquité, la peur des dieux (Grèce, Rome ancienne ) Les enfants difformes étaient exposés : on les emmenaient hors de la ville pour les remettre au dieux (concrètement on les laissait mourir). Ils étaient rituellement abandonnés. Il s'agissait surtout de monstruosités (terata) : pied-bot, doigts en surnombre. Ces malformations physiques étaient perçues comme des signes de déviance de l'espèce (c'est ça qui compte et non la gravité), signe de la colère des dieux. Les êtres difformes étaient exposés car ils mettaient en cause le groupe. Les Grecs séparaient nettement malformation, débilité, maladie (sourds et aveugles associés à la maladie, ils peuvent même être des particularités riches). Il s'agit ici de corps différents et non de corps affaiblis. Les "difformes" menacent l'espèce humaine. Les fous ne sont pas exposés. Ils sont évités. Ils inspirent parfois du respect. On peut déjà remarquer le contraste avec notre société actuelle qui entretient des rapports beaucoup plus difficiles avec les troubles mentaux qu'avec les handicaps physiques. |
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| Au Moyen Age :
L'assimilation à la pauvreté. A propos des personnes handicapées au Moyen âge, Stiker parle de silence de l'histoire. La pauvreté est immense mais ne pose pas "une question sociale". L'infirmité est considérée comme une forme de la misère parmi d'autres, elle n'est pas marginalisée, elle est l'objet d'un devoir de charité. Etre pauvre ou infirme signifie vivre ou survivre des aides familiales, de voisinage ou paroissiales pour les plus privilégiés. Les autre sont obligés de partir sur les routes. Ainsi l'errance (hors des limites du monde organisé) caractérise souvent la vie de l'infirme. Il s'agit d'une conception chrétienne du monde : division entre riches et pauvres voulue par Dieu où l'infirme a une place (objet de charité) et une fonction (racheter l'âme des riches). "Dieu a fait les pauvres pour que les riches puissent racheter leurs pêchés" (St Eloi).../... |
A l'âge classique,
l'idéologie religieuse qui cimentait la société
médiévale s'effrite au profit du juridico-politique
qui domine l'idéologie bourgeoise. Le pauvre perd la symbolique
spirituelle qui l'intègre à la société
médiévale. La question du paupérisme se
laïcise. La pauvreté est un mal, un état contre
nature, un problème de société. Une nouvelle
représentation du pauvre se fait jour qui finit par s'imposer
socialement : suspecté de colporter épidémies
et hérésies ainsi que d'être à l'origine
des fréquentes émeutes, le pauvre entre dans la
représentations collective comme un être dangereux
pour la santé et pour l'ordre public. D'où les
tentatives d'enfermement, à l'aide d'un arsenal répressif,
législatif et institutionnel, des groupes jugés
dangereux, tels que les vagabonds et les fous. (Hôpital
général, 1% de la population de Paris en 1656).../... |
Cette transformation de l'image du pauvre et du traitement social qui lui est infligé est le symptôme d'une modification profonde du mode d'appréhension des groupes sociaux entre eux. Si la société entend se séparer de toute une frange de la population ce n'est pas seulement en raison d'une déviance idéologique (les fous par rapport à la Raison, les vagabonds ou les oisifs par rapport au Travail), c'est aussi parce qu'au principe de réciprocité des droits et des devoirs se substitue le principe de l'individualisme qui est l'un des fondements de la société libérale et capitaliste. |
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| Le handicap et la
modernité Le concept de handicap Le terme "handicap" naît à peu près à la même époque et dans le même contexte que celui de performance. Il est lié aux course de chevaux et aux paris. C'est un terme récent (14è pour sa première utilisation, 20è en France, tel qu'on le connaît). Il vient de l'expression «hand in cap» (la main dans le chapeau) utilisée dans les jeux de hasard. Le principe consiste à assurer une compensation, une égalisation des chances. Le terme est repris dans le domaine hippique pour désigner un désavantage donné à un cheval pour égaliser les chances au départ (charges, distance à parcourir...). Les turfistes jouaient au hand-in-cap en attendant que la course commence.... /... |
En 1754, une modification
apparaît dans le jeu. Le terme concerne cette fois la compétition
entre deux chevaux. Comme pour le troc, il y a un arbitre mais
celui-ci doit fixer le poids supplémentaire que devra
supporter le cheval le plus fort. En 1786 apparaît la course
à handicap entre plusieurs chevaux (orthographe moderne).
Le terme passe en France (sur les champs de course aussi) mais
est particulièrement utilisé en littérature
(entre dans le dictionnaire de l'académie en 1932). A
l'origine, le terme ne signifiait pas du tout "infirmité",
mais les auteurs se servent du mot pour décrire des situations
inégales, d'infériorité, de désavantage
d'un groupe par rapport à un autre.../... |
Stiker s'est s'interrogé sur le moment du passage du mot infirmité à celui de handicap (contemporain de la naissance de la réadaptation). Pour lui, si la société emploie un «jeu de langage» c'est parce que cela correspond à sa «forme de vie» (sa culture). Il y a adéquation entre le langage du handicap et la pensée dominante de notre société qui se nourrit de l'idéal de performance. L'image de la course de chevaux est donc tout à fait pertinente : on demande à tous les chevaux de faire la même course (le handicapé doit rejoindre le groupe normal). La société est considérée comme un champ de concurrence. Au sein de cette logique concurrentielle, le handicap apparaît comme une charge supplémentaire qu'il faudrait surmonter. |
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| L'effacement A partir de cette perception, toutes les initiatives qui voient le jour en faveur des personnes handicapées se ramènent à un geste d'effacement du handicap. Effacer signifie «faire comme si» il n'y avait plus de différences. C'est-à-dire que l'on met tout en place pour que la personne handicapée puisse faire comme tout le monde (prothèses, travail, loisirs, sports....etc). La société cherche l'identique dans l'inégalité (même principe que l'égalité des chances pour le sport). Stiker parle à ce propos d'identification : tout est fait pour que l'infirme disparaisse dans la société. Ca ne veut pas dire que l'on ne s'occupe pas de lui au contraire. Il est "pris en charge", donc surveillé et dirigé mais de manière peu visible (ex. de la mise sous tutelle)... /... |
Tout un arsenal existe autour de
la personne handicapée : juge, médecin, assistance
sociale, commission, etc. Il ne faut pas en occulter le côté
positif : les conditions de vie se sont formidablement améliorées.
Mais en un autre sens, c'est aussi la culture du «comme
si» (Stiker), c'est-à-dire que ces personnes ne
sont pas entièrement reconnues telles qu'elles sont. Stiker
reproche de trop bien intégrer. Au Moyen Age, l'infirme
était perçu comme fondamentalement différent,
maintenant c'est un peu l'inverse : il faut qu'il n'existe
plus en tant que tel. Il faut qu'il devienne «ordinaire».... /... |
La perception du handicap est donc
paradoxale. D'un côté, les personnes handicapées
seraient poussées (socialement, institutionnellement,
symboliquement) à se fondre dans la masse des personnes
considérées comme "normales". De l'autre,
elles sont l'objet de sollicitations et de prises en charge particulières
qui les maintient dans un statut de personnes inférieures
(parce que différentes) "dont il faut s'occuper". Il en va ainsi de la pratique sportive en direction des populations caractérisées comme handicapées. Il peut s'agir d'un choix visant à pratiquer un loisir qui leur était interdit naguère ou bien d'une "prise en charge" supplémentaire, réalisée par les "valides", "pour le bien" de ses populations. |
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| Exemple du "sport
silencieux" La première personne à s'être occupée des enfants sourds fut l'abbé de l'Epée (curé janséniste). En 1760, il ouvre la première école gratuite pour l'instruction de ces enfants. Il est l'instigateur de l'orthopédie visant leur rééducation. Le contexte est celui de l'augmentation du poids de la médecine et du puritanisme. La pédagogie mise en place va s'attacher à «faire entendre» et surtout «faire parler» le jeune sourd. Il rejette la Langue des Signes au profit d'une éducation exclusivement oraliste. C'est dans ce contexte que vers la fin du 19è siècle va se mettre en place un mouvement d'opposition dans la communauté des personnes sourdes. La pratique du sport s'inscrit complètement dans cette revendication sociale de la part des sourds de se constituer comme un groupe particulier qui doit être reconnu en tant que tel. Le sport est un moyen pour eux de s'organiser face à cette orthopédie au sein d'une «puissante structure contestataire» (Dider Seguillon, De la gymnastique amorosienne au sport silencieux, Thèse, Bordeaux II, 1998)... /... |
Les valeurs du sport silencieux
dans l'histoire Cette pratique s'inscrit dans la logique de comparaison au record. L'objectif est d'égaler les performances du monde entendant, d'où l'importance fondamentale de la notion de record, avec la publication régulière des performances dans sportsman silencieux qui doit s'imposer aussi aux entendants. Des compétitions sont organisées avec les entendants. Mais ces rencontres sont teintées d'une illusion égalitariste. Les sourds n'accèdent pas au niveau sportif le plus élevé, notamment parce qu'ils respectent l'amateurisme). L'institution du sport silencieux tente en effet de respecter l'esprit sportif à la lettre et dénonce le professionnalisme (Rubens-Alcais : «l'amateurisme où la mort») au sein d'un mouvement omnisport qui possède de nombreux points communs avec la FSGT dans ses luttes militantes (sfio, lutte contre l'alcoolisme, campagne en faveur de la santé, etc.)... /... |
Le sport silencieux aujourd'hui est organisé par les sourds et pour les sourds. Il ne se caractérise pas par des activités ni par des adaptations particulières. A la différence du sport pour aveugles (qui pratiquent notamment le torball), les sourds revendiquent la non adaptation des pratiques sportives. Ils affirment ainsi leur refus du modèle du handicap et de l'inadaptation imposé par la société. En 1995, le CISS s'est retiré de l'International Paralympic Comitee, s'excluant ainsi du mouvement sportif spécialisé réservé aux personnes handicapées. Aujourd'hui, le sport silencieux est toujours le moyen pour la population sourde d'affirmer sa culture et son identité. On s'aperçoit que les revendications du début du siècle ne sont plus d'actualité. La LSF est reconnue et acceptée depuis 1980. Actuellement, elle essaie d'investir l'espace des institutions sportives classiques, ce qui entraîne en même temps une désaffection des structures sportives sourdes traditionnelles. Ce mouvement pose-t-il la question de la raison d'être d'une structure identitaire (quand on est accepté on ne revendique plus) ou bien au contraire, de la nécessaire remobilisation de la communauté ? |
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| Sport et handicap
physique Peu après la 2ème Guerre Mondiale, d'anciens aviateurs de la Royale Air Force, blessés au combat et devenus paraplégiques, étaient en rééducation à l'hôpital de Stoke Mandeville près de Londres. Afin de procurer quelques distractions, mais aussi de les obliger à avoir une activité physique, le Directeur Ludwig Guttman, neurochirurgien de l'établissement, a eu l'idée de mettre en place à leur intention des jeux sportifs, basket-ball et tir à l'arc entre autres. Et comme les jeux olympiques se déroulaient à Londres en 1948, il décida d'organiser dans son centre (le jour-même et à la même heure que la cérémonie d'ouverture des JO), la première rencontre sportive pour handicapés en fauteuil roulant Les Jeux Paralympiques étaient en marche.... /... |
Il a cependant fallu attendre 1960
et les jeux de Rome pour assister aux premiers Jeux Paralympiques.
Depuis, ces Jeux ont évolué pour devenir les Jeux
Paralympiques d'été qui se déroulent tous
les quatre ans. C'est en 1992, enfin, qu'est décidé,
en accord avec le comité international paralympique (IPC),
que ces Jeux seront organisés non seulement dans la même
ville que les Jeux Olympiques, en bénéficiant des
mêmes installations sportives, mais aussi dans le même
village Si on reprend le développement du sport, on s'aperçoit que les activités se sont diversifiées de manière très importante (matériels, adaptation des règles) mais elles gardent toutes une relation directe avec l'activité d'origine : tennis en fauteuil, basket en fauteuil, athlétisme, cyclisme, etc... /... |
Aujourd'hui les performance sont très élevées, faisant des athlètes handisports des sportifs de haut niveau, au plan des résultats, comme au plan du dopage (8 cas positifs à Sydney). Ce que l'on peut constater avec le développement du sport pour handicapés physiques, c'est qu'il répond parfaitement à l'injonction du sport en général. Il utilise les mêmes processus et se soumet aux mêmes logique. Les adaptations sont essentiellement techniques, réglementaire ou matérielles (par ex obligation de mettre en place des catégories distinctes pour garantir l'équité entre les pratiquant) mais elles participent de la même philosophie. Elles respectent l'idéologie de l'égalité des chances autorisant tout le monde a produire son propre record. Pour les personnes handicapées ceci est extrêmement important puisque cela leur permet d'attester (grâce au recours à la performance sportive) qu'elles sont des personnes comme les autres. |
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| Performance et handicap mental La course au rendement, les performance du corps sont des modèles dans lesquels les personnes handicapées mentales ne se retrouvent pas nécessairement. Aujourd'hui, le handicap mental est certainement la forme la plus radicale de l'exclusion. Ce que l'on demande aux personnes handicapées mentales, c'est de faire comme tout le monde, dans la mesure du possible. Mais le sport est coincé entre le modèle de la performance dont il ne peut se détacher et les modèles de prise en charge médical, psychologique et sociale véhiculée dans le champ du handicap. Le discours à propos des pratiques de "sport adapté" (terme employé pour le sport réservé aux populations handicapées mentales) véhicule le mythe de l'intégration. Le sport agit ainsi comme structure ségrégative : il s'agit de montrer que les personnes handicapées mentales sont comme les autres tout en les présentant comme des anormaux... /... |
Le mouvement veut se fondre dans
le système sportif pour échapper à l'exclusion.
Mais il est pris au piège de la norme sportive obligeant
la Fédération de sport adapté à modifier
son approche du sport pour les handicapés mentaux, instaurant
trois divisions (1, sport normal, 2 réglementation aménagée,
par ex. accepter la reprise de dribble en Basket, 3 aménagement
des règles, du matériel, ballon mousse, réduction
de l'espace de jeu, parcours moteur...) Chacun peut ainsi produire une performance, quel que soit son niveau. Le sigle a changé : la FF du sport pour les handicapés mentaux (1971) devient Fédération française d'éducation par le sport des personnes handicapées mentales puis Fédération française du sport adapté (1983). Les «Rencontres sportives» sont transformées en «Championnat de France» avec titres, médailles... En 1993, intégration aux JO d'hiver (18 médailles dont 6 en or). Triche aux paralympiques de Sydney 2000 (athlètes qui se sont fait passer pour handicapé alors qu'ils ne l'étaient pas)... /... |
Le sport moyen de valoriser l'image de la personne handicapée. Odile Rohmer a montré ("Les affects dans la perception du handicap physique", Handicap, revue de sciences humaines et sociales, n° 86, 2000) que l'on juge plus favorablement les handicapés que les valides pour le travail (on considère qu'ils ont plus de mérite). Par contre, il n'y aurait pas de différence pour le sport, ce qui signifie que la catégorie «sportif» prime sur celle de handicap. Les barrière psychosociologiques qui font du handicapé un inadapté pourraient tomber si le handicap s'efface par l'action. Une étude de la représentation du handicapé dans la presse (Combrouze, revue Handicap, 2000) fait apparaître un traitement médiatique différencié. Le langage employé par les présentateurs des rencontres sportives est celui de la volonté, du courage et tend à rendre exemplaire la performance produite. Par contre, dans le traitement médiatique qui ne s'intéresse pas au sport, les personnes handicapées sont présentées en recourant à un langage misérabiliste. |
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| La performance sportive On voit donc à travers le sport pour les personnes handicapées que la performance est un modèle très puissant puisqu'il aspire à lui toutes la population, même celle qui en est la plus éloignée a priori. Il paraît donc impossible de définir une pratique sportive qui sorte du modèle compétitif visant la production de performance. Le sport ne participerait à l'intégration sociale des personnes handicapés que si celles-ci sont amenées progressivement à pratiquer le même sport que les valides, par conséquent à s'insérer dans une logique élitiste, autrement dit à accepter sport de compétition... /... |
Cependant, la performance produite
par des personnes classées comme "handicapées"
n'est pas valorisée pour elle même mais parce qu'elle
étonne, qu'elle suscite l'admiration. Et cette admiration
(associée au mérite supposé) est d'autant
plus grande qu'elle est réalisée par un corps diminué.
C'est parce que des corps différents sont considérés
comme inférieurs (plus faibles) que leurs performances
surprend. Cette réception de la performance traduit le
fait que les personnes handicapées pratiquant le sport
sont comparées à la fois au modèle sportif
des valides et au modèle de la normalité corporelle.
Considérer l'athlète handicapé comme plus
méritant qu'un valide contribue à le maintenir
dans la catégorie des faibles, des infirmes et des anormaux... /... |
Conclusion Le handicapé n'est intégré que lorsque son handicap est gommé. Avec la performance sportive notre culture donne un moyen (le travail en est un autre) pour que les handicapés ne paraissent plus comme différents. Ils sont admis à condition d'être assimilés aux valides. Il ne s'agit pas de dire que leur sort n'a pas été amélioré. Il convient au contraire de revendiquer le droit aux APS pour les personnes handicapées. Mais il s'agit de porter un regard critique sur l'intégration proposée, qui est celle de l'oubli, de la disparition, de la conformité, de la normalisation. Ceci signifie que la société se considère comme un ordre unique à établir et donc considère qu'elle a le devoir d'annuler les disparités par rapport à sa norme. Jean-Philippe Turpin |
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